CHAPITRE TI
SUITE DES PREUVES DE L'EXISTENCE DE DIEU. ANALOGIE DES VÉRITÉS GÉOMÉTRIQUES ET SOCIALES.
Dieu et l'homme, les esprits et les corps, éléments de toute société.
Les corps unis aux esprits, éléments de la société politique.
Les esprits unis aux corps, éléments de la société religieuse.
La société en général est une réunion d'êtres semblables, réunion dont la fin est leur production et leur conservation mutuelle.
Cette définition, qui convient à toute société, ne s'applique, avec une rigoureuse exactitude, qu'à la société intellectuelle, ou à la société des intelligences, parce que la société des corps n'est que leur rapprochement, au lieu que la société des esprits est leur réunion. En effet, les corps, occupant chacun un espace, ne peuvent que se rapprocher, mais ils ne peuvent pas se confondre en un seul corps; au lieu que des pensées et des
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sentiments, qui n'ont aucune étendue et n'occupent aucun espace, peuvent se réunir et se confondre en une seule pensée et un seul sentiment. De tous les sentiments, de toutes les pensées sur le même objet, peut résulter une seule pensée, un seul sentiment; mais de tous les corps, il ne peut résulter un seul corps. Donc il n'y a proprement de société que pour les esprits, parce qu*il ne peut y avoir proprement de réunion que pour les esprits; donc les législateurs modernes, qui séparent avec tant de soin la société religieuse de la société politique, détruisent toute réunion entre les hommes, pour ne laisser subsister entre eux que le rapprochement; c'est-à-dire qu'ils divisent les esprits, et rapprochent les corps : en sorte qu'ils ôtent aux hommes le moyen de se conserver, et leur laissent la facilité de se détruire.
La société civile, formée par la société religieuse et par la société politique, est donc proprement la réunion des esprits et le rapprochement des corps^ pour la production et la conservation mutuelle de Dieu et de l'homme.
On a vu, dans la première partie de cet ouvrage, que l'amour de soi est, dans Dieu et dans Vhomm.e, le principe de création et de production de l'homme, et qu agissant par la puissance ou par la force, il est pouvoir créateur ou producteur de l'homme;
Que l'amour des hommes est, dans Dieu et dans Vhomme, le principe de conservation des hommes, et qu'agissant par la puissance ou la force, il est pouvoir conservateur des hommes.
Nous en avons conclu, dans la société des hommes extérieurs ou physiques, la nécessité d'un homme, objet général et commun de l'amour que les hommes en société extérieure doivent avoir les uns pour les autres. Cet homme, appelé roi ou monarque, amour général de la société, parce qu'il représente tous les hommes à Tégard de chaque homme, est le principe de conservation des hommes physiques : agissant par la force générale de la société, il en est le pouvoir conservateur.
Et j'en conclus, dans la société des êtres intelligents, la né-