‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 229 sur 300 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

cessité d'une intelligence, objet général et commun de l'amour que les êtres intelligents doivent avoir les uns pour les autres. Cette intelligence, amour général de la société, est donc le principe de conservation des êtres intelligents; agissant parla force dans le culte extérieur, il en est le pouvoir conservateur. Car les sociétés religieuses ou ^physiques sont semblables, et elles mit une constitution semblable.

Je ne puis me refuser à fixer l'attention du lecteur sur l'analogie qu'il y a entre les deux propositions que je viens d'énoncer et les vérités géométriques; et cela doit être, puisque Dieu, vérité par essence, est la source et le type de toutes les vérités. Il me semble que cette connexité singulière entre des vérités d'un ordre différent, ajoute une nouvelle force aux preuves de l'existence de Dieu. Je suppose que mes lecteurs ont quelque teinture de la géométrie élémentaire.

A considérer la société politique comme un problème dont on cherche la solution, quelles en seraient les conditions?

Trouver une forme de société politique ou de gouvernement, telle quun nombre quelconque d'hommes physiques soient unis entre eux, et maintenus dans cette union par un rapport ou intérêt commun.

Quelles seraient les conditions du problème de la société intellectuelle?

Trouver une forme de société intellectuelle, telle quun nombre quelconque d'êtres intelligents soient unis entre eux, et maintenus dans cette union par un rapport ou intérêt commun.

Quelles sont les conditions du problème de la circonférence?

Trouver une figure telle qu'un nombre quelconque, un nombre infini de points soient adhérents entre eux, et maintenus dans cette adhésion par un rapport commun.

Je pense qu'il n'y a rien de forcé, rien que de parfaitement exact dans l'énoncé de ces treis problèmes absolument semblables.

Or, pour résoudre le problème de la circonférence, dans im nombre quelconque infini de points, j'en trouve un que j'ap-

pelle centre, au moyen duquel je trace une figure qui satisfait rigoureusement à toutes les conditions du problème; car la circonférence est une figure d'une infinité de points tous adhérents entre eux, et maintenus dans cette adhésion par un rapport commun, lequel rapport est leur distance égale du centre. Je dis que ce rapport commun ou cette distance égale du centre les maintient dans leur adhésion réciproque; puisqu'ils ne peuvent s'éloigner ni se rapprocher du centre sans perdre leur adhésion mutuelle, et qu'ils ne peuvent la recouvrer, s'ils l'ont perdue, qu'en se rétablissant dans leur rapport, ou dans leur distance égale à l'égard du centre.

Or, à considérer celte proposition d'une manière abstraite, l'homme n'a pas créé ce point appelé centre : ce point existait nécessairement dans un nombre infini de points, et le géomètre n'a fait que le produire au dehors.

Dans la société politique la monarchie constituée ou rojale satisfait à toutes les conditions du problème; puisque la monarchie royale est une forme de gouvernement telle quun nombre quelconque d'hommes physiques ou de familles sont unis entre eux, et maintenus dans cette union par un rapport commun d'amour et de subordination avec un homme ou une famille qui exerce le pouvoir général de la société, ou monarque. Cnr les hommes sociaux ou membres de la société ne peuvent se séparer de cet homme ou de cette famille, ou, ce qui est la même chose, l'écarter du mileu d'eux, sans perdre leur union nmtuelle entre eux; ni recouvrer cette union, après l'avoir perdue, sans rétablir au milieu d'eux cet homme, ou celle famille revêtu du pouvoir, ou sans se rétablir eux-mêmes dans leur rapport commun d'amour ou de subordination envers ce pouvoir.

Les dissensions commencèrent à Rome avec l'expulsion des rois; elles allèrent toujours croissant, et ne cessèrent qu'au rétablissement du pouvoir unique sous Auguste. Les désordres les plus effroyables ont commencé, en France, avec la destruction du pouvoir général ou royal; ils ont été, ils iront

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