LIVRE m
Ce n'est pas assez d'établir le principe de l'unité de Dieu chez ce peuple si porté à multiplier les dieux ; le Dieu jaloux lui défend expressément d'adorer les dieux étrangers, de se faire aucune figure taillée, aucune image de la Divinité, ni de la représenter sous la ressemblance d'aucun corps animé ou inanimé.
L'intelligence pure se manifeste aux sens par la parole, mais elle ne veut pas encore se peindre aux yeux. Elle est sensible, mais elle ne veut pas être visible chez un peuple porté à n'adorer que des dieux qu'il puisse voir.
Dieu interdit aux Juifs d'adorer de faux dieux. Non adorabis neque coles; et il distingue ainsi Vadoration du culte. En défendant à son peuple de se faire des figures taillées, ou des représentations visibles de la Divinité, Dieu emploie ces paroles remarquables : Je punirai les iniquités des pères sur les enfants, jusqu'à la troisième et quatrième génération dans tous ceux qui me haïssent; preuve évidente que l'idolâtrie est une religion de haine, ou de crainte sans amour.
Dieu menace de punir jusqu'à la troisième et quatrième génération, les iniquités de ceux qui le Jmissent : il promet de faire miséricorde , jusqu à mille générations, à ceux qui l'aiment et gardent ses préceptes. Après la défense que Dieu vient de faire, de fabriquer et d'adorer de faux dieux, on ne peut entendre par ceux qui le haïssent, que les idolâtres, sectateurs de la religion de haine, et par ceux qui Vaiment, que les sectateurs fidèles de la religion de l'unité de Dieu, religion d'amour.
Dieu lui-même établit entre eux une différence remarquable. Il borne au nombre déterminé de trois ou quatre générations la punition de l'idolâtre, c'est-à-dire, la durée de l'idolâtrie, ce qui annonce que la religion publique du polythéisme ne peut avoir qu'un temps et qu'elle doit prendre fin; au lieu qu'il étend au nombre infini de mille générations sa miséricorde envers ceux qui Vaiment, c'est-à-dire, la conservation de la religion de son unité.
, Dieu a proscrit le polythéisme, il condamne l'athéisme qui
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est l'excès opposé. Vous ne prendrez point le nom du Seigneur en vain, c'est-à-dire, vous ne regarderez pas !a Divinité comme si elle n'existait pas. L'interprétation différente qu'on peut donner à ce passage rentre au fond dans celle que je donne; car jurer à faux le nom de Dieu est nier tacitement son existence.
Dieu a établi la religion intérieure ou Vadoration, il établit la religion extérieure ou le culte. Souvenez-vous de sanctifier le jour du Sabbat; et comme la religion, aussi ancienne que l'homme, se lie, dans tous ses préceptes, à quelque motif tiré de la nature de l'homme; le culte, aussi ancien que la société, se lie, dans toutes ses pratiques, h quelque époque de l'histoire et de la nature de la société. Dieu rappelle à son peuple, qu'après avoir créé l'univers durant six jours, il s'est reposé le septième; il veut que tous les septièmes jours lui soient consacrés, en mémoire de la création : et en donnant un jour de repos utile à l'homme physique, il se le réserve tout entier, pour occuper à son culte l'homme intelligent. Dans la religion Judaïque, religion de crainte mêlée d'attente. Dieu défend, le jour du Sabbat, jusqu'aux occupations les plus innocentes, de peur que ce peuple indocile et grossier ne passât bientôt jusqu'aux occupations les moins utiles, et peut-être jusqu'à méconnaître la loi; et dans la religion chrétienne, religion d'amour, l'extrême rigueur de cette loi a été modérée et restreinte aux seules occupations lucratives. On remarquera que la première loi donnée aux Juifs, celle qui devait être un souvenir toujours subsistant de l'acte de la puissance infinie, de la création, est précisément celle que ce malheureux peuple observe partout avec la plus religieuse fidélité, quoiqu'elle soit celle dont l'exécution est la plus répétée et la plus pénible.
La loi religieuse de l'observation du Sabbat est une conséquence nécessaire dérivée de la loi fondamentale de l'existence de Dieu, et elle est fondée aussi sur la nature de l'homme. Car s'il existe un Dieu, il doit être honoré; et si l'homme n'est jamais occupé que de ses besoins physiques, il négligera le cultç