LOIS POLITIQUES
Honorez votre père et votre mère afin que vous viviez longtemps sur la terre que le Seigneur vous a donnée. Ici commence un nouvel ordre de lois et un autre genre de récompense.
Ce n'est pas sans des motifs profonds, que le législateur suprême, au lieu de dire en général d'honorer ses parents, désigne séparément le père et la mère, et les distingue l'un de l'autre.
L'homme est le pouvoir de la société politique; la mère désigne plus particulièrement la société naturelle ou la famille. Ainsi, dans ce précepte, Dieu ordonne l'obéissance affectueuse, l'amour mêlé de crainte, honora, envers le pouvoir de la société politique, et le pouvoir de la société naturelle; parce que tout homme est, sur la terre, membre de ces deux sociétés, et que tous les devoirs de l'homme envers les pouvoirs des sociétés dont il fait partie, se réduisent à une afTection accompagnée d'obéissance : amour et crainte sont le principe de toutes les sociétés politiques et religieuses : ainsi la religion comme le gouvernement doit être sentiment, et non opinion et système.
L'interprétation que je donne à ces paroles me paraît exacte : 1° parce que l'homme qui se contenterait d'honorer son père et sa mère, c'est-à dire, en prenant l'expression père dans le sens naturel, de remplir ses devoirs envers la société naturelle,
sans remplir ses devoirs envers la société politique, ne pourrait vivre heureux sur la terre, puisqu'il serait exposé aux châtiments que la société politique inflige à ceux qui manquent «à leurs devoirs envers elle.
2° La société politique doit être considérée comme une grande famille, dont le chef ou le pouvoir est le père : et les rois ne sont appelés, et ne doivent être, que les pères de leurs peuples.
3° La maternité, chez tous les peuples policés, désigne le pouvoir domestique et intérieur de la famille, et la femme est même plus pouvoir à mesure que le peuple est plus policé.
En rapprochant ce passage de celui que j'ai cité plus haut, où Dieu menace de punir jusqu'à la troisième ou la quatrième génération ceux qui le haïssent, et promet de récompenser pendant mille générations ceux qui Vaiment, on voit évidemment la différence des récompenses et des châtiments spirituels ou de la société intellectuelle, aux récompenses et châtiments temporels ou de la société politique; car un idolâtre, et même un athée, peuvent remplir extérieurement leurs devoirs envers les sociétés politique et naturelle, et ainsi mériter d'un côté les récompenses temporelles attachées à l'accomplissement de ce précepte, et encourir de l'autre les châtiments dont Dieu menace de punir l'idolâtrie ou l'athéisme. C'est la pensée de saint Augustin, en parlant des Romains, qui ont reçu, dit-il, des récompenses aussi vaines que leurs vertus.
Si Dieu ne s'explique pas plus formellement sur l'obéissance que l'on doit au pouvoir de la société politique, ou s'il ne désigne pas celui qui exerce ce pouvoir par une autre expression que celle de père, c'est qu'il veut que les rois ne se regardent que comme les pères de leurs peuples, ou qu'il ne veut pas faire de son peuple une société politique, puisqu'il ne lui donne d'autre pouvoir, même extérieur, que lui-même. Au reste, si ce texte avait besoin d'un commentaire, on le trouverait quelques lignes plus bas dans ces paroles qui comprennent en général tous ceux qui exercent quelque autorité légitime.