LIVRE m
rite récompense, comme l'infraction à la loi mérite châtiment. Mais le même homme peut observer extérieurement la loi, et Fenfreindre intérieurement ou par le désir : le même homme devra donc à la fois être récompensé et puni. Or, Dieu luimême ne peut pas récompenser et punir le même être dans le même temps. Il récompensera donc, dans cette vie, la régularité des actes, et il punira, dans l'autre, la dépravation des désirs.
La défense de l'homicide, de l'adultère, du vol, du faux témoignage, sont dans la nature de l'homme social ou de la société; puisque la société, réunion d'êtres semblables pour leur conservation naturelle, est la garantie de toutes les propriétés physiques et morales de l'homme. La défense du désir n'est pas moins dans la nature de l'homme social; car un désir est une volonté sans force, qui devient un acte, si h force se joint à la volonté; or la force tend nécessairement à se joindre à la volonté, parce que l'homme ne peut désirer sans aimer, ni aimer sans produire, s'il est libre, son amour au dehors, par l'action de ses sens.
Les philosophes, qui, en admirant la sublimité des lois du décalogue, veulent qu'elles soient l'ouvrage de Moïse, ne croient pas que Dieu existe, ou qu'il daigne donner des lois aux sociétés des êtres semblables à lui. Mais s'ils croient que Dieu existe, s'ils pensent qu'il ne soit pas indigne de sa grandeur de donner des préceptes qui assurent la conservation de l'homme, qu'ils daignent nous dire de quelle manière Dieu pourrait s'y prendre pour donner des lois aux sociétés, sans gêner physiquement le libre arbitre de l'homme. Ces lois doivent être extérieures, puisque la société pour laquelle elles sont faites est un corps extérieur : donc le législateur qui donne ces lois doit se rendre extérieur; mais Dieu ne peut se rendre visible : il se rendra donc extérieur sans se rendre visible. Il emploiera donc la parole qui est extérieure et qui n'est pas visible; et, parce qu'il ne pourrait parler lui-même sans cesser d'être une pure intelligence et sans gêner le libre
arbitre de l'homme, il mettra sa parole, dans la bouche d'un homme, et il confirmera, par des actes visibles de sa puissance, la mission dont il le revêt.
Ceux qui demandent sans cesse pourquoi l'Être suprême, en donnant des lois aux hommes, a pu leur laisser la force de les enfreindre, sont aussi insensés que ceux qui demanderaient pourquoi un monarque qui veut empêcher dans ses Étals l'homicide, l'adultère et le vol, ne met pas tous ses sujets à la chaîne.
Les lois Mosaïques sont le commentaire de ce texte divin, et les lois de tous les peuples doivent en être l'application.