‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 248 sur 300 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Vous ne parlerez point mal des grands^ et vous ne maudirez point le prince de votre peuple.

Vous ne tuerez poin t;

Vous ne commettrez point d'adultère; Vous ne déroberez point.

Le législateur avait jusqu'ici adouci en quelque sorte la rigueur du précepte, en en donnant le motif; il prend un ton plus sévère : les trois préceptes qu'on vient de lire et ceux qui suivront sont dans le style le plus impératif; ils ne sont accompagnés d'aucune explication, parce qu'ils ne sont susceptibles d'aucune interprétation, et que, sans eux, il ne peut exister, je ne dis pas de société politique constituée, mais même aucune forme de gouvernement parmi les hommes.

Dieu commence par défendre les crimes de l'homme physique. Il défend également l'homicide, qui ôte l'existence physique à l'homme; l'adultère, qui ôte l'existence morale à la famille; le vol, qui ôte la propriété ou la subsistance à l'homme et à la famille.

Dieu défend les crimes que peut commettre l'homme intelligent et physique à la fois, ou le crime de la pensée, qui se produit par le sens qui lui est propre, par la parole : Vous ne porterez point de faux témoignage contre votre prochain.

EnGn Dieu défend les crimes de l'homme purement intelligent : Vous ne désirerez point la maison de votre prochain, ni sa femme, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien qui lui appartienne.

Dieu législateur défend de désirer même le bœuf ou l'âne de son prochain; l'homme législateur ordonne de ravir la propriété de celui qui n'aura fui sa patrie que pour conserver sa vie.

Les différences que ces défenses établissent sont remarquables, en ce qu'elles ont rapport aux différentes sociétés dont l'homme fait partie. L'homicide, l'adultère, le vol, sont des crimes de l'homme physique, et détruisent la société des corps naturelle ou politique; les désirs criminels sont des crimes de

l'homme intelligent, et ils détruisent la société des esprits en les empêchant de se conserver dans leur perfection.

Le faux témoignage est un crime de l'homme intelligent et physique à la fois, puisque le faux témoignage est une pensée coupable, qui, par sa manifestation exlérieure et légale, peut produire le vol et même l'homicide. Il détruit à la fois l'une et l'autre société.

La défense de l'homicide, de l'adultère, du vol, du faux témoignage, consacre dans l'homme la propriété de sa vie, de sa famille, de ses biens physiques et moraux; car le faux témoignage, qui comprend la calomnie et la médisance, est aussi un homicide. Ces lois sont le fondement de tout droit civil et criminel; car tous les attentats que l'homme en société peut commettre contre son semblable, ne peuvent attaquer que ses propriétés physiques ou ses propriétés morales. La loi qui défend le faux témoignage consacre l'autorité de la justice humaine, qui seule a le droit d'exiger témoignage.

Vous ne désirerez point....

Jusqu'ici, Dieu a défendu les crimes que les hommes peuvent punir; il défend par ce précepte les infractions à la loi que les hommes ne peuvent connaître. Il avait défendu les actes, il réprime les volontés; il avait défendu l'homicide, l'adultère, le vol matériel, il défend l'homicide, l'adultère, le vol spirituel; comment a-t-on pu dire que la spiritualité de l'àme n'avait pas été connue du peuple Hébreu?

Le désir est une opération de l'âme, une volonté que la force ne seconde pas. La défense du désir suppose donc le dogme de la spiritualité de l'âme; il suppose la société intérieure des intelligences humaines avec l'Intelligence infinie, puisque le législateur ne fait pas de lois dont il lui soit impossible de connaître ou de punir l'infraction. Aucun autre législateur n'a défendu les désirs; cette défense renferme encore le dogme des peines et des récompenses de l'autre vie. En effet. Dieu ordonne l'observation extérieure de la loi; il défend les infractions intérieures ou spirituelles : l'exécution de la loi me-

Page 1