LIVRE III
La majesté du culte, la pompe des cérémonies, rétablissement des fêtes, l'appareil du sacrifice retenaient le peuple Hébreu dans la foi de l'unité de Dieu, dont il était établi le dépositaire : les préceptes sévères et multipliés sur les degrés prohibés des alliances, la distinction rigoureuse des plaisirs permis et des plaisirs défendus, l'abstinence de certaines viandes mettaient un freina sa sensualité : l'horreur du sang, les purifications ordonnées à celui qui avait touché un cadavre, les peines prononcées contre les violences, punies même dans l'animal sans raison, le précepte d'indiquer le chemin à l'étranger, de secourir jusqu'à l'animal tombé sous le faix, avaient pour objet de réprimer sa férocité naturelle. Tout tendait à ce but, de le séparer des peuples idolâtres, de le rendre fidèle à Dieu, tempérant sur lui-même, humain et compatissant envers ses frères; c'est-àdire, d'épurer son esprit par la religion, de diriger son cœur par la répression de ses penchants déréglés, de contenir ses sens par l'habitude des actes de bienfaisance. Le législateur voulait enfin lui donner une institution durable, à répreuve du temps, de la fortune et des conquérants; et le philosophe est forcer de convenir qu'il a réussi.
Dans le nombre infini de lois qui forment cette constitution étonnante, je distingue :
1" L'institution du ministère Lévitique; 2« le sacrifice; 3" les rites expiatoires; 4° le droit d'aînesse dans les familles.
1° Dans la religion de la famille, l'homme était le ministre du culte; à une religion domestique il fallait un ministre particulier; à une religion sociale ou publique il fallait des ministres sociaux ou publics.
Dieu établit donc un ministère social pour une religion sociale; il établit un ministère qui doit durer autant que la religion, puisque la religion doit durer autant que la société.
J'ai prouvé que la société religieuse et la société politique sont semblables, et qu'elles ont une constitution semblable.
Donc la société religieuse a un pouvoir général conserva-
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teur; car une société qui n'aurait pas le pouvoir de se conserver, ne se conserverait pas.
Donc ce pouvoir général ou social dirige une force générale ou sociale; car un pouvoir sans force n'est pas un pouvoir : force est action; action suppose des agents ou ministres.
Pour assurer la perpétuité de la société, il est donc nécessaire d'assurer la perpétuité de son pouvoir conservateur; pour assurer la perpétuité du pouvoir, il est nécessaire d'assurer la perpétuité de la foî'ce qui est l'action da pouvoir; pour assurer la perpétuité de la force, il est nécessaire d'assurer la perpétuité des ministres qui sont les agents de la force. Or, pour assurer la perpétuité du ministre de la force conservatrice de la société religieuse, Moïse place le ministère, non dans l'individu qui passe, mais dans la famille qui demeure; et dès ce moment, ces familles sont marquées d'un caractère qu'aucune puissance ne peut leur ôter. En môme temps, et par les mêmes voies par lesquelles l'homme communique l'existence, il communique le devoir d'être ministre de la société : il communique l'existence sociale en même temps que l'existence naturelle, et il produit une famille sociale ou dévouée à la défense de la société, en même temps qu'une famille naturelle. Dieu même ne peut pas faire que l'enfant de cette famille ne naisse avec le devoir de remplir les fonctions confiées à sa famille, ou d'être ministre de la force conservatrice de la société, parce que Dieu ne peut pas faire que l'enfant ne naisse de son père. Voilà le ministère Lévitique, voilà la noblesse, voilà la profession sociale et les familles distinguées des autres familles.
Ainsi il y a une noblesse religieuse dans la société religieuse, comme il }' a une noblesse politique dans la société politique. Le ministère Lévitique est donc la force conservatrice de la société religieuse, commères nobles sont la force conservatrice de la société politique; le sacerdoce et la noblesse forment donc les deux professions sociales, c'est-à-dire, essentiellement et nécessairement conservatrices de la société civile.