‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 252 sur 300 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

parce qu'une sociélc constituée ne peut exister sans pouvoir ^ et qunn pouvoir ne peut exister sans force '.

En effet, les Lévites n'étaient pas seulement employés au ministère des choses saintes et au service des autels, ils prenaient encore les armes dans les grands dangers qui menaçaient la société religieuse; car il ne faut jamais perdre de vue queles Juifs ne formaient société constituée que sous le rapport de la religion.

Lorsque le peuple attente à la constitution religieuse, en prostituant ses adorations à des dieux, ouvrages de ses mains, ce sont les Lévites que Moïse charge de la punition des coupables; ce n'est qu a eux qu'il confie de la part de Dieu les armes qui doivent les exterminer, parce que c'est à la force dirigée par le pouvoir à conserver la société.

Les Lévites étaient les gardiens et les défenseurs du tabernacle, et non pas des prêtres, puisque le sacerdoce n'était que dans la famille d'Aaron. Les Lévites campaient toujours autour du tabernacle, qu'on peut regarder comme le powt^oiV extérieur de la société des Juifs, et la garde en était confiée à leur valeur. Ce ne sont point des conjectures; c'est le propre texte des livres sacrés. « Les Lévites porteront eux-mêmes le ta- » bernacle... et ils camperont autour... Les Lévites dresse- » ront leurs tentes autour du tabernacle... et ils veilleront à

' La province de France qui s'est le plus conservée dans la révolution, je veux dire qui a conservé le plus d'attachement à la constitution religieuse et politique, a été la Bretagne, qui avait le plus de force conservatrice ou de noblesse. En Bretagne, la noblesse servait l'État autant et plus que la noblesse des autres provinces; mais les familles s'y conservaient peut-être davantage, à cause que les aînés d'un grand nombre de maisons nobles de cette province occupaient des charges dans le Parlement. Sous Louis XIV et même plus tard, les aînés des familles nobles des provinces embrassaient moins la profession des armes ; la constitution gagnait inflniment à la perpétuité des familles, sans que la défense extérieure de l'État en fût moins assurée. Depuis l'établissement de la croix de Saint-Louis, les idées ont pris une autre direction; et je crois que la noblesse s'est beaucoup diminuée à compter de cette époque : l'extrême diminution de la noblesse en France est un fait avéré dont il serait utile de rechercher la cause, et urgent de prévenir l'effet.

» sa garde... Faites approcher la tribu de Lévi; qu'elle se » tienne devant Aaron, grand prêtre, afin qu'ils le servent et » qu'ils veillent à la garde du tabernacle. » Les familles des Lévites étaient de la société; et les autres familles étaient dans la société. Aussi Dieu défend expressément de comprendre les familles Lévitiques dans le dénombrement du reste de la nation : « Ne faites point, dit le Seigneur à Moïse, le dénombre- » ment de la tribu de Lévi, et n'en marquez pas le nombre » avec celui des enfants d'Israël, mais établissez-les pour avoir » soin du tabernacle... Vous donnerez les Lévites à Aaron et » à ses fils comme un don que leur font les enfants d'Israël, » mais vous établirez Aaron et ses enfants pour les fonctions » du sacerdoce. » La société dévoue ces familles à sa défense; et dès ce moment, distinguées par un engagement particulier, elles ne peuvent s'y soustraire, et leur servitude fait leur distinction, comme leur distinction fait leur servitude.

Les Lévites avaient donc la garde héréditaire du tabernacle : ils étaient donc la force publique conservatrice du pouvoir de la société, puisque le tabernacle était en quelque sorte le pouvoir extérieur de la société, qu'on le consultait dans toutes les affaires politiques, et que les réponses qui en émanaient étaient des ordres pour la nation. Les Lévites étaient réellement la noblesse; ils en avaient les fonctions, et les biens mêmes qui leur furent donnés aux dépens des autres tribus avaient part à leur privilège, puisqu'il y avait pour leur maison, qui est, à proprement parler, la propriété de la famille, une substitution qui n'existait pas pour les maisons des autres familles; car il ne faut pas oublier que, dans le dénombrement que fait 3Ioïse de sa nation, il ne compte que par familles cl jamais par têtes \

Puisque la religion était une société, elle devait être indépendante, elle devait être propriétaire. Moïse ordonne le paie-

' Dieu punit David d'avoir voulu faire le dénombrement du peuple Juif. Une sociélc ne doit pas compter les hommes, mais les familles propriétaires. C'est une chose digne de remarque, que Jesus-Christ, dans l'Évangile, lire toutes ses paraboles de la fan>ille propriétaire.

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