LIVRE IV
de ses volontés particulières, les progrès de la société et l'accomplissement de la volonté qu'elle a de parvenir à sa fin, cette volonté n'en a pas moins un effet infaillible, nécessaire, qui, dans un temps ou dans un autre, triomphe toujours des obstacles que lui oppose la volonté dépravée de l'homme. Et comme sa fin est la conservation des êtres, et qu'elle ne peut assurer cette conservation qu'en se constituant, il s'ensuit que, malgré les efforts de l'homme, elle tend nécessairement, invinciblement, à se constituer.
La volonté générale de la société civile, c'est-à-dire, religieuse et politique, qui est la volonté de Dieu môme, a donc infailliblement son effet; car il n'y a pas en l'Être éternel de succession de temps : et s'il nous paraît à nous, êtres finis et bornés, que sa volonté n'est pas exécutée dans le temps, elle l'est infailliblement dans l'éternité. Suivons le parallèle des deux sociétés.
Nul être collectif ne peut exister sans lois; car un être collectif, étant formé par la réunion de plusieurs êtres, place néc€ssairement, et par l'effet de cette réunion seule, ces êtres dans une certaine manière d'être, les uns à l'égard des autres, qu'on appelle rapport.
« Ces rapports sont des /ois lorsqu'ils sont nécessaires, c'est- » à-dire, lorsqu'ils sont tels qu'ils ne pourraient être autres » qu'ils ne sont, sans choquer la nature de ces êtres. »
Ces êtres qui, dans la société politique, sont les hommes physiques intelligents, peuvent être considérés en eux-mêmes et dans leur nature d'êtres physiques intelligents. Ils ont, sous ce rapport, des facultés que j'appelle essentielles, naturelles, fondamentales, parce qu'elles constituent nécessairement l'homme naturel, et qu'il ne peut exister sans elles : c'est la faculté intelligente ou voulante, la faculté aimante, la faculté agissante. La société, être collectif ou général, réunion d'êtres physiques intelligents, aura donc la faculté générale de vouloir, la faculté générale d'aimer, la faculté générale d'agir; c'est-à-dire, qu'elle aura une voulonté générale, un pouvoir général, qui est un
amour général agissant par une force générale; et, comme la société ne pourra exister ou se conserver sans la volonté générale d'exister, le pouvoir général d'exister, la force générale d'exister, et qu'on ne pourra même la concevoir sans ces trois facultés, ces trois facultés seront les conditions nécessaires de son existence, et seront, par conséquent, ses lois fondamentales.
Ce même raisonnement peut s'appliquer dans tous ses points à la société religieuse, en observant seulement que la société politique a pour éléments des êtres physiques intelligents, et que la société religieuse, considérée dans l'état civil, a pour éléments des êtres intelligents physiques.
Dans la société politique, les êtres qui la composent, ou les hommes physiques intelligents, peuvent être considérés sous différents rapports. Considérés relativement au /^omioîV général, ils sont pouvoir, ou force publique action du pouvoir, monarque ou noblesse; des rapports sont des lois politiques, qui, comme je l'ai prouvé, sont des rapports nécessaires dérivés de la nature des êtres, des conséquences nécessaires de la loi fondamentale du pouvoir général, et lois fondamentales ellesmêmes. J'ai prouvé, dans la première partie de cet ouvrage, que, dans une société politique constituée ou monarchique, les autres lois politiques étaient également des conséquences nécessaires, quoique moins immédiates, des lois fondamentales, et lois fondamentales elle-mêmes.
Dans la société religieuse du corps social avec Dieu, c'està-dire, dans la société religieuse sociale, qu'on appelle religion publique, nous verrons la loi religieuse du pouvoir général, je veux dire de Dieu même rendu présent et extérieur, être un rapport nécessaire dérivé de la nature des êtres, une conséquence nécessaire de la loi fondamentale du pouvoir général, et loi fondamentale elle-même; et nous verrons l'institution du sacerdoce, force publique de la société religieuse, être encore un rapport nécessaire dérivé de la nature des êtres, une conséquence nécessaire de la loi fondamentale de la force générale,