‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 258 sur 300 · LIVRE iV · texte numérisé non relu

LIVRE iV

d'amour, mais d'un amour qui désire; la religion chrétienne est une religion d'amour mêlé de crainte, mais de l'amour qui jouit. Or la religion doit être sentiment de l'Être suprême, ou amour mêlé de crainte; la religion Judaïque était donc dans un temps la véritable religion, et la religion chrétienne est aujourd'hui la véritable religion : mais, comme l'amour qui désire n'est pas réellement Tamour, parce que l'amour veut jouir et non attendre, il s'ensuit que la religion chrétienne est autant au-dessus de la religion Judaïque, que l'amour qui jouit est au-dessus de l'amour qui désire. La religion chrétienne est donc la société religieuse constituée.

« La société est une réunion d'êtres semblables, réunion dont » la fin est leur conservation mutuelle. » Cette définition convient à la société religieuse comme à la société politique : donc ces sociétés sont semblables.

Si les sociétés religieuses et physiques sont semblables, il existera des rapports ou lois semblables entre les êtres qui les composent; car il peut exister des rapports semblables entre des êtres différents. Donc ces sociétés ont une constitution semblable, puisque la constitution est l'ensemble des rapports ou lois qui existent dans la société entre les êtres qui la composent.

Nous avons déterminé les caractères de la société politique constituée; nous devons donc les retrouver tous dans la société religieuse constituée.

V Leur fin est semblable : car la fin de la société politique est la conservation, c'est-à-dire, la liberté de l'homme physique; et la fin de la société religieuse est la conservation, c'està-dire, la perfection de l'homme intelligent, qui n'est autre chose que sa liberté. Cette vérité sera démontrée en son lieu.

2° Les moyens sont semblables : car la société politique parvient à sa fin, c'est-à-dire, à la conservation des êtres qui la composent, par un amour général qui est le monarque, prin cipe de conservation des êtres sociaux, et pouvoir conservateur lorsqu'il agit par une force générale conservatrice qui est la L 41

noblesse; et la société religieuse parvient à sa fin par un amour général que nous verrons tout à l'heure être Dieu même, principe de conservation des êires, et powt'o/r conservateur lorsqu'il agit par une force générale conservatrice qui est le sacerdoce : car une société qui n'aurait pas les moyens, c'est-à-dire, le pouvoir de parvenir à sa fin, n'y parviendrait pas.

La société civile, réunion de la société religieuse et de la société politique a donc deux pouvoirs conservateurs, Dieu et le monarque; deux forces conservatrices, le sacerdoce et la noblesse : mais elle n'a qu'une volonté générale conservatrice, parce que deux volontés égales sur le même objet ne font qu'une même volonté. En effet. Dieu est la volonté générale conservatrice de la société intérieure des intelligences, dont il fait partie.

Dans la société politique, être général et collectif, la volonté générale est cette volonté ou cette tendance qu'a tout être de parvenir à la fin pour laquelle il a été créé; volonté ou tendance qui, jointe aux moyens de parvenir à la fin, constitue la nature de cet être.

Mais cette volonté et ces moyens, qui constituent la nature d'un être, lui ont été donnés par le Créateur, qui a créé les êtres pour une fin, et par conséquent avec la volonté et les moyens d'y parvenir. Donc la volonté générale de la société a été donnée à la société par Dieu même : cette volonté est donc la volonté de Dieu. Donc la volonté générale conservatrice de la société religieuse constituée, et celle de la volonté politique constituée, ne font qu'une volonté générale qui est la volonté de Dieu. Ce sont les effets de cette volonté générale conservatrice que les hommes qui croient à l'existence de Dieu, appellent Proi;i(/ence.

Si la volonté générale conservatrice de la société civile est Dieu même, pourquoi, dira-t-on, y a-t-il des sociétés qui se détruisent ou qui ne parviennent pas à leur fin? La société i^2iX\'\Q\\i nécessairement à sa pn, et la société ne se détruit pas, parce que, si l'homme nous paraît retarder, par le dérèglement

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