‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 269 sur 300 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

JÉSUS-CHRISÏ.

C'est donc chez le peuple Juif que naît, dans le temps marqué par les livres saints, et sous le règne d'Auguste, cet homme qui se donne pour le Messie attendu des Juifs, et que la religion chrétienne nous montre comme le médiateur promis aux hommes; cet homme, signe de contradiction et de scandale, et dont la personne et la doctrine devaient être, dans toute la suite des temps, l'objet de l'adoration la plus profonde et de l'amour le plus ardent, ou l'objet des outrages les plus sanglants et de la haine la plus déclarée \ Du sein du plus furieux fanatisme,

' J'ajouterai de la jalousie. On faisait devant Voltaire l'éloge philosophique de la sagesse des réponses de Jésus-Christ, de la sublimité de son esprit; et Voltaire, qui avait donné pendant cette conversation des marques non équivoques d'impatience, se tourne brusquement vers l'indiscret panégyriste : Monsieur, lui dit-il avec vivacité, Jésus-Christ avait-il plus d'esprit que moi? Le fait s'est passé à Paris, chez Voltaire, peu de temps avant sa mort, et on le lient d'un témoin oculaire.

On sait qu'un de nos plus fougueux révolutionnaires, Anacharsis Clootz,

la plus haute sagesse se fait entendre; [J. J. Rousseau) tel esC l'hommage que la vérité arrache à la philosophie, dans le même temps que l'inconséquent philosophe ose traiter de fanatisme le zèle du peuple Juif à défendre la foi de l'unité de Dieu, dont il était le dépositaire.

Médiateur d'une nouvelle alliance, victime d'un nouveau sacrifice, pontife d'un nouveau culte, fondateur d'une nouvelle société, Jésus-Christ réunit la plénitude de la sagesse à la plénitude de la puissance; mais de tous les prodiges par lesquels il établit la vérité de sa mission, le plus étonnant est lui-même.

Sa vie a été écrite par quatre historiens différents. La philosophie est forcée de convenir que jamais histoire ne présenta plus le caractère de la vérité, et elle va jusqu'à dire que Vinventeur en serait plus étonnant que le héros. [J. J. Rousseau.)

Dans le fondateur de la religion chrétienne, je vois extérieurement un homme; mais s'il a les besoins de l'homme physique, je n'aperçois pas en lui les faiblesses de l'homme moral. Égal à l'un, il paraît en tout supérieur à l'autre. Dans sa conduite comme dans ses discours, tout annonce une intelligence, un amour, une force au-dessus de l'humanité.

Les autres législateurs donnent des préceptes, celui-ci donne des exemples. J'entends Numa, Solon, Lycurgue; je vois Jésus-Christ, je le vois dans tous les états et dans toutes les situations où l'homme politique puisse se trouver sur la terre, ïe modèle de tous les états et de toutes les situations de la vie. Je le vois dans la société naturelle, dans la société politique, dans la société religieuse; homme privé, homme public, dans

était si connu par sa haine contre le fondateur de la religion chrétienne, qu'on l'appelait l'ennemi personnel de Jésus-Christ. On a vu, sous le tyran de la France, quelques chefs d'un parti longtemps oppresseur et alors opprimé, traduits devant le tribunal de sang, croire intéresser sa pitié, ou mériter son indulgence en faisant des railleries impies sur la personne de Jésus-Christ, dont il n'était nullement question dans leur affaire. Les malheureux! ils ont blasphémé, et ne se sont pas sauvés.

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