‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 270 sur 300 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

le repos et dans l'agitation, dans le commerce des hommes et dans les communications avec Dieu, dans les occupations extérieures et dans le recueillement et la prière. Dans la famille, il est fils, il est parent, il est ami; dans la société politique, il est sujet, et même il est pouvoir; dans la société religieuse, il est pouvoir, et même il est sujeL II partage la table du riche, et il éprouve la misère du pauvre; il a des disciples qui l'écoutent, et des calomniateurs qui le déchirent; il enseigne les docteurs, et il est interrogé par les juges; le peuple veut le faire roi, et ses ennemis le font mourir. Il ne représente pas un homme, car un homme ne peut pas être placé dans tous les états, ni se trouver dans toutes les situations : il représente Y humanité tout entière, et c'est un des caractères du Sauveur de tous les hommes. Il est fils respectueux envers ses parents, mais il préfère le devoir d'être utile aux hommes, au devoir d'obéir à sa mère : il paie le tribut à César, mais il concilie ce qui est dû à Dieu et ce qui est dû au Prince, au pouvoir religieux et au pouvoir politique. II est lui-même pouvoir par l'autorité de ses leçons et de ses miracles ; mais il n'est pouvoir que pour répandre des bienfaits; pertransiit henefaciendo .

Il réprime la force particulière de l'homme en interdisant jusqu'à la défense la plus légitime, parce qu'il veut que, dans la société civile, l'homme soit défendu par la force publique : mais il honore la force publique dans la personne du Centenier, et déclare qu'il n'a pas trouvé une plus grande foi dans Israël. Il protège la faiblesse de l'âge et accueille l'enfant avec une bonté toute particulière; la faiblesse du sexe, et il égale à l'adultère le simple désir de le corrompre; la faiblesse de la condition, et il témoigne la plus tendre sollicitude sur les misères du peuple, et il déploie sa puissance pour le nourrir; ia faiblesse de l'esprit et du cœur, et il souffre avec patience l'opiniâtreté de ses disciples, et avec indulgence les fautes du pécheur repentant : mais il est inflexible pour l'orgueil, pour l'avarice, pour l'hypocrisie, pour l'amour déréglé de soi, ou la passion de dominer ou par l'autorité des places, ou par Tin-

tluence des richesses, ou par la considération des vertus apparentes; pour la passion de dominer, principe de tous les crimes de l'homme et de tous les désordres de la société; et ce même homme qui ne brise pas le roseau à demi cassé, qui n éteint pas la mèche qui fume encore, dont on n entend pas la voix dans les places publiques, chasse avec violence les profanateurs, qui faisaient du temple saint une maison de trafic, et tonne contre Torgueil des Pharisiens et l'hypocrisie des docteurs. Il se tait, si l'on déchire sa personne, mais il repousse avec force les calomnies dirigées contre son ministère : il honore dans le prêtre le caractère du sacerdoce, et dans le juge l'autorité de la loi. Tout est grand en lui, tout est saint. S'il se retire à l'écart pour prier, c'est lorsqu'il a rempli tous ses devoirs extérieurs; s'il observe la lettre de la loi, c'est lorsqu'elle n'en contredit pas l'esprit. 11 ne prêche à ses disciples que l'humilité, et il leur donne l'exemple de toutes les vertus qui forment les grands hommes, c'est-à-dire, les hommes utiles à la société; le mépris des richesses, des plaisirs, et de la vie même. Il ne parle à l'homme que de sacrifices et jamais de jouissances, de combats et jamais de repos. Il place toujours les travaux ici-bas, et le salaire ailleurs; aussi tout travail est fructueux, parce que tout travail est payé, et même un verre d'eau, donné en son nom, ne demeure pas sans récompense. Il recommande sans cesse à l'homme d'employer à l'utilité publique les talents qu'il a reçus : le serviteur paresseux qui a enfoui un seul talent, est châtié avec une extrême rigueur; et il est digne de remarque qu'il sort de la société naturelle, à trente-deux ans, pour commencer sa carrière publique, et que dès lors on ne le revoit plus dans sa famille, pour apprendre aux hommes que l'amour des autres doit l'emporter sur l'amour de soi, et la société générale sur la société naturelle. Qu'il connaît bien la société! Si Jésus-Christ n'eût promis à l'homme que la reconnaissance de ses inférieurs, la bienveillance de ses égaux, l'estime de ses maîtres, l'homme n'eût pas tardé à se désabuser d'une morale qu'il aurait trouvée en contradiction continuelle

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