LIVRE I
ia religion chrétienne et à la constitution monarchique, qui sont dans la nature morale et dans la nature physique de l'homme, elles affermissent sur ses véritables bases l'existence de la société civile par la conservation des êtres intelligents et physiques dont elle est composée. L'homme moral ou intelligent se conserve par la foi pratique de l'unité de Dieu et de l'immortalité de l'âme, foi qui est l'effet et l'objet de la religion chrétienne; l'homme physique se conserve par les lois qui répriment sa force, ou qui protègent sa faiblesse, lois qui sont l'objet et l'effet de la constitution monarchique : ainsi l'on ne pourra détruire, à la fois, dans la société, la religion chrétienne et la constitution monarchique, qu'en détruisant l'homme moral et l'homme physique, qu'en détruisant la société.
Enfin, pour achever le tableau, une religion voluptueuse crée en Orient, dans les temps modernes, un gouvernement oppresseur; au défaut du despotisme des lois, s'établit le despotisme des mœurs : à la foi de l'unité de Dieu, la religion môle les opinions les plus licencieuses, et le culte, les pratiques les plus gênantes; à l'unité de pouvoir^ le gouvernement mêle les lois politiques les plus absurdes, et l'administration les coutumes les plus tyranniques; et lors même que ce peuple amolli n'est plus opprimé par la guerre, il est opprimé par la polygamie, opprimé par l'ignorance, opprimé par les usages barbares des sérails.
Ainsi, la société civile n'a commencé, dans l'univers, qu'avec l'établissement du culte public de la religion chrétienne; et la France est revenue à l'état sauvage, lorsqu'il y a été aboli.
Ainsi, pour montrer, sous un seul point de vue et dans les destinées d'une même société, la marche simultanée de la religion et du gouvernement; la constitution politique est altérée en France, depuis un siècle, par des volontés particulières mises trop souvent à la place de la volonté générale : la religion est attaquée, depuis le môme temps, par l'orgueil et l'impiété : le gouvernement et la religion vont s'affaiblissant de
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concert; bientôt la division à\i pouvoir cnir aine la division du culte, et l'abolition de tout cuUe public suit de près l'anéantis sèment de tout pouvoir général. Alors l'existence de Dieu même est hautement attaquée, et l'on voit l'athéisme le plus effronté naître de la démocratie la plus illimitée : mais les peuples ne peuvent exister sans divinité, ni les sociétés sans pouvoir : les sens se créent des dieux, l'ambition érige un pouvoir. Des courtisanes sont les divinités, des bourreaux sont le pouvoir, et l'idolâtrie la plus impure s'élève à côté du despotisme le plus féroce; mais la religion reparaît, et elle tend la main à la monarchie qui se relève.
Ainsi le culte le plus compliqué, le pol}'théisme, a eommencé dans l'univers avec le gouvernement le plus simple, le despotisme; et, de nos jours, l'absence de tout culte, le théisme ou l'athéisme, commence en Europe, avec le gouvernement le plus compliqué, la division et l'équilibre des pouvoirs, ou le gouvernemen t représentatif.
Ainsi, et ce principe, hardi peut-être, se développera dans le cours de cet ouvrage, le principe intérieur de la monarchie est un principe d'unité, d'existence, de perfectionnement politique et religieux; et le principe des sociétés non constituées est un principe de division, de mort, de néant politique et religieux. Je ne dis pas que dans toutes les monarchies on ait connu l'unité de Dieu, encore moins que l'athéisme soit la religion de toutes les républiques : je dis seulement qu'à considérer en général, et comme l'on doit considérer les vérités sociales, tous les temps et toutes les sociétés, l'observateur peut apercevoir les rapports frappants et les progrès simultanés de certaines opinions politiques et de certaines opinions reli-
' On n'a pas encore vu des sociétés chrétiennes revenir c^i l'idolâtrie, ni des sociclés nionarclii(iues devenir république, sans se dissoudre. Rome, mémo sous ses rois, n'était pas une monarchie; la Suisse, les Provinces-Unies, les Etats-Unis ne sont que des fractions détachées d'une plus grande société : on no citera pas la France.