‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 26 sur 300 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

L'homme est opprimé par le gouvernement et par la religion, par les lois et par les mœurs.

La guerre y est constituée, si j'ose le dire, la prostitution consacrée, la loi ordonne ou permet d'assassiner l'esclave et d'exposer l'enfant.

Le pouvoir général de la société est anéanti dans les assemblées populaires par le pouvoir particulier des législateurs, l'existence même de l'Etre suprême est attaquée dans les lycées par les opinions extravagantes des philosophes.

L'athéisme, au rapport de Diodore de Sicile, commence à Athènes avec la démocratie : et ces deux principes de néant religieux et politique seront désormais inséparables.

Rome toute guerrière, se consacre au dieu des combats, se dévoue à la guerre, et dévoue l'univers à la destruction.

La religion païenne, sanguinaire en Orient, voluptueuse en Grèce, devient à Rome austère et guerrière.

Le despotisme de Rome pèse sur tout l'univers, les dieux de Rome conquièrent les dieux de tous les peuples.

Le 'pouvoir, objet de l'ambition du sénat et de la jalousie du peuple, s'y multiplie comme les dieux; la société politique sans pouvoir unique, la religion sans unité de Dieu, laissent les passions sans frein et l'homme sans défense.

L'homme périt : Rome dépeuple l'univers et se dépeuple elle-même. Chez cette nation célèbre par ses vertus et l'urbanité de ses mœurs, le sang humain est offert sur les autels en sacrifice à des dieux barbares, il est offert sur l'arène en spectacle à un peuple policé; le droit de vie et de mort est donné au maître sur son esclave, au citoyen sur le citoyen, au père sur son fils.

Pendant des milliers d'années, je ne vois chez les peuples les plus vantés, que des superstitions cruelles et des gouvernements oppresseurs.

Mais la religion judaïque, ou la religion de l'unité de Dieu, s'est conservée en Orient chez un peuple ignoré.

La constitution égyptienne, ou la constitution de l'unité de

pouvoir général, s'est conservée au nord chez quelques nations obscures.

La religion de l'unité de Dieu, la constitution de l'unité de pouvoir, se sont conservées, parce qu'elles sont dans la nature de l'homme intelligent et dans la nature de l homme physique.

L'univers subjugué par la République romaine, est soumis à la fois au despotisme accablant d'une foule de maîtres et au culte insensé d'une multitude de dieux.

Mais Rome et l'univers n'obéissent qu'à un pouvoir; bientôt Rome et l'univers ne reconnaîtront qu'un Dieu.

La monarchie de l'univers encore imparfaite, ou l'unité de pouvoir, commence avec Auguste.

En même temps, la plus haute sagesse se fait entendre, le christianisme ou la religion universelle de l'unité de Dieu paraît sur la terre, et son divin fondateur accomplit, en la terminant, la religion judaïque.

Faible dans ses commencements, le christianisme s'étend; et l'idolâtrie qui succombe, entraîne le despotisme dans sa chute.

La religion s'avance de l'Orient et du Midi avec les Romains : la constitution monarchique vient de l'Occident et du Nord avec les Rarbares.

La vocation des gentils ou païens à la religion chrétienne est, en môme temps, la vocation des Barbares à la société civile.

Et séparées pendant quarante siècles, la justice et la paix se sont embrassées; la religion de l'unité de Dieu et la constitution de l'unité de pouvoir se rencontrent en Europe; la religion y établit la liberté des enfants de Dieu, ou la liberté religieuse; la monarchie y fonde la véritable liberté de l'homme ou la liberté politique [Esprit des lois.); et réunies dans la société civile, elles détruisent du même coup l'idolâtrie et le despotisme, l'esclavage religieux et l'esclavage politique.

Des sociétés particulières se forment : soumises à la fois à

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