LIVRE IV. o2o
daus une religion, étaient de l'invention des prêtres, parce qu'ils n'ont pas vu textuellement dans l'Évangile que Jésus- Christ ait fait aux Apôtres une obligation de jeûner le Carême ou de se confesser à Pâque, ont raisonné précisément comme les réformateurs politiques qui concluraient que la justice est de l'invention des Parlements, parce que Tacite, en traitant des mœurs et de la constitution des Germains, n'a pas parlé du recours au Conseil par requête civile, ni de la première ou de la seconde chambre des Enquêtes,
La loi du célibat des prêtres était moins distinctement exprimée dans des premiers temps du christianisme, et chez des chrétiens encore à demi-juifs ou païens; mais la nature de la société religieuse en introduisait la pratique, mais elle était recommandée par les Apôtres, mais la loi enfin en a été universellement adoptée, lorsque les progrès de la société religieuse et ceux de la société politique ont rendu le chrétien plus spirituel, et perfectionné Tune et l'autre société. Cette loi est un rapport nécessaire qui dérive de la nature des êtres en société politique constituée. En effet, l'élément de la société politique constituée est la famille propriétaire : donc il est contre la nature de cette société de créer des familles qui ne soient pas propriétaires. Or, la famille d'un prêtre serait nécessairement une famille non propriétaire, puisque la propriété que le prêtre tiendrait de la société passerait nécessairement à son successeur, et que sa profession ne lui permettrait pas d'acquérir par son travail une autre propriété. Cette loi dérive nécessairement de la nature des êtres en société religieuse; car les prêtres, force publique de la religion, destinés à réprimer les faiblesses de l'homme, doivent donner l'exemple de la tempérance : or, il ne faut connaître ni l'homme, ni ses passions, pour ignorer qu'il est plus aisé à l'homme d'être chaste, que d'être tempérant. Ministres de la société, pour offrir en son nom à l'Etre suprême le sacrifice de l'amour général et mutuel de Dieu et des hommes, aucun amour humain et particulier ne doit occuper leurs pensées et partager leurs sentiments. Dévoués à la con-
kk
526 TUÉORIE DO POUVOIR.
servation de la société religieuse et à rinstruction de la société politique, ils ne doivent plus appartenir à la société naturelle, qui ne ferait que détourner leur esprit, distraire leur cœu7\ et partager leurs sens; et il est permis de penser que, si les prêtres Français eussent été partagés entre l'attachement à leurs devoirs et l'affection pour une famille, ils n'auraient pas montré cette fermeté invincible, ce mépris héroïque des privations, des tourments, de la mort même, cet abandon à la Providence qui a sauvé la France et consolé la religion.
Le culte des images pouvait être dangereux dans les premiers temps du christianisme, à cause de l'abus qu'en faisaient les païens; mais il devait s'étendre avec le temps, parce qu'il était un rapport dérivé de la nature de l'homme dont les sentiments ont besoin, dans l'homme même le plus intelligent, d'être avertis et soutenus par les sensations.
Le culte public était moins pompeux, lorsque la société politique était plus pauvre; mais il est dans la nature des choses que les arts se développent à mesure que la société se perfectionne. Or, les arts no peuvent se développer qu'en créant de nouvelles propriétés, par les nouveaux usages auxquels ils emploient les matières premières, ou par la manière différente dont ils l'emploient. Mais la société doit à l'Être suprême l'offrande de la propriété; et c'est en employant les arts à décorer le culte religieux, c'est-à-dire, ce qu'elle a de plus auguste, que la société fait à TÈlre suprême l'offrande des propriétés factices, comme elle fait dans le pain, l'eau et le vin, l'offrande des propriétés naturelles. Les Réformateurs, qui ont prétendu que le culte des images était une idolâtrie déguisée, et par conséciuent une pratique oppressive de l'homme intelligent, dont on ne trouve pas de traces dans les premiers siècles de rÉglise, raisonnent à peu près comme des politiques qui prétendraient que nos rois ont altéré la constitution et opprimé leurs sujets, parce que leurs habits sont plus riches et leurs palais mieux ornés.
Jésus-Christ dit à ses disciples de répondre oui et noji.