MONARCHIE
C'est donc chez l'antique Egyptien que commence la constitution des sociétés, ou la constitution monarchique; il est aussi le premier à en recueillir les fruits, et le peuple le plus sage est en même temps le peuple le plus éclairé et le plus heureux.
« Les Égyptiens sont les premiers, dit l'immortel Bossuet, » où l'on ait su les règles du gouvernement; et l'Egypte est » la mère de toutes les antiquités historiques, la source de )) toute police, le berceau des sciences et des arts. » ( I)is(\ sur l'Hist. univ. 111° part. ch. m. )
Je cherche dans leur histoire quelles ont été les règles de leur gouvernement, ces règles quils ont sues les premiers; H je préviens le lecteur accoutumé peut-être à regarder comm<î fabuleuse ou peu certaine l'histoire des premiers temps de l'Egypte, que les obscurités qu'elle présente portent sur quelque point de sa chronologie, sur le nombre ou l'ordre de ses dynasties, sur le nom ou la suite de ses rois, et non sur sa législation, dont toute l'antiquité a admiré la sagesse, et dont les effets sur la puissance et le génie du peuple égyptien sont attestés par des monuments venus jusqu'à nous.
Reprenons les lois fondamentales des sociétés civiles; reli-
gion publique, pouvoir unique, distinctions sociales; et nous verrons les lois religieuses dans la société religieuse, les lois politiques dans la société politique, découler des lois fondamentales de chaque société comme des conséquences nécessaires, et devenir fondamentales elles-mêmes.
La société religieuse ne pouvait être constituée chez un peuple qui ne connaissait pas l'unité de Dieu; mais la force de la constitution politique avait, en Egypte, constitué le culte public, c'est-à-dire, l'avait lié au gouvernement, autant que l'absurdité du polythéisme avait pu le permettre. Entrons dans le détail.
La société religieuse se joint à la société politique pour réprimer les volontés dépravées de l'homme ou ses passions. Mais les passions naissent avec l'homme et ne meurent qu'avec lui; la religion doit donc s'emparer de l'homme social à sa naissance et le suivre jusqu'au tombeau.
Intervention de la religion dans toutes les actions sociales de l'homme : première loi religieuse, conséquence nécessaire de la loi fondamentale de la religion publique, et fondamentale elle-même.
Le culte en Egypte consacra donc toutes les actions de l'homme social; il épura ses plaisirs, il sanctifia ses travaux : impie ou absurde à force d'être social, il osa déifier les hommes bienfaisants, les animaux utiles, et jusqu'aux plantes salutaires.
La volonté dépravée de l'homme est plus flexible dans l'enfance, parce qu'à cet âge, il n'a pas contracté d'habitudes, et qu'il reçoit plus facilement toutes les impressions qu'on veut lui donner.
Nécessité d'une éducation religieuse : seconde loi religieuse, conséquence nécessaire de la loi fondamentale de la religion publique, et fondamentale elle-même.
L'éducation publique ou sociale était chez les Égyptiens, l'institution la plus perfectionnée, comme elle est dans les gouvernements modernes l'institution la plus négligée. Cepen-