‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 290 sur 300 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

nouvelle société dont il est le pouvoir conservateur; la victime offerte dans le sacrifice non sanglant ou mystique des autels, est donc la même que la victime offerte dans le sacrifice sanglant et physique de la croix. Les motifs sont les mêmes; et la raison peut aussi nous faire apercevoir les lois ou rapports nécessaires dérivés de la nature des êtres sociaux, qui établissent la nécessité au. sacrifice non sanglant de l'autel.

Ces rapports sont de trois espèces : V rapports pris de la nature de l'homme intelligent ou intérieur;

2' De la nature de l'homme physique ou extérieur ;

3° De la nature de l'homme intelligent et physique à la fois, de l'homme social, de la société. Reprenons par ordre ces différentes espèces de rapports. V Rapports dérivés de la nature de l'homme intérieur.

J'ai prouvé que l'incarnation du Verbe ou du fils de Dieu, avait été nécessaire pour qu'il pût exister entre Dieu et l'homme une société véritable ou constituée, c'est-à-dire, dont la fin fût leur conservation mutuelle; ou autrement, que la médiation de Dieu et la rédemption des hommes étaient des rapports nécessaires dérivés de la nature des êtres sociaux, Dieu et l'homme, que c'étaient des lois.

La mort de l'homme-Dieu a donc été le sacrifice social, universel, puisqu'il a eu pour objet la rédemption de toutes les sociétés de l'univers; et il a été offert pour tous les hommes, puisqu'il a compris, dans son objet, toutes les sociétés. L'homme- Dieu est le rédempteur de tous les hommes, dans ce sens que nul homme ne peut être sauvé que par lui. Mais Dieu, en arrachant l'homme intelligent à l'oppression de l'idolâtrie, l'a rétabli dans son libre arbitre, dans ce libre arbitre sans lequel l'homme intelligent ne peut pas plus former société avec Dieu, que l'homme physique ne peut, sans liberté physique, former société avec les hommes. L'homme est donc libre depuis la rédemption, c'est-à-dire, qu'il est libre de faire le bien, qu'il a des secours pour le faire; mais il a toujours la force de faire le mal, ou, pour parler conformément aux principes sur la li-

berté que j'exposerai bientôt, l'homme peut renoncer à sa liberté en s'écartant des lois ou rapports nécessaires dérivés de la nature des êtres.

Au sein des sociétés idolâtres, la croyance de l'unité de Dieu, la tradition de ses desseins sur les hommes avaient pu se perpétuer dans quelques familles, comme il paraît par l'histoire de Job; et au sein des sociétés chrétiennes Tidolâtrie et ses excès se continuent dans le cœur d'un grand nombre d'hommes, comme il n'est que trop aisé de l'apercevoir aux désordres qui régnent dans la société. L'amour déréglé de soi avait fait des dieux dans la société; l'amour déréglé de soi fait des dieux dans le cœur de l'homme : c'est un commencement d'idolâtrie, et elle n'eut pas un autre principe; l'ambition, la volupté, l'avarice, auxquels l'homme offre trop souvent le don de l'homme et celui delà propriété, sont réellement ces mêmes dieux auxquels la société offrait sous le nom de Mars, de Vénus et de Plutus, le don de l'homme et celui de la propriété. L'homme esclave de ses passions est donc avec Dieu en société de haine; et tout ce que j'ai dit de la nécessité du médiateur entre Dieu et la société, peut s'appliquer rigoureusement à la nécessité d'une médiation entre Dieu et l'homme vicieux; car l'homme est la société en abrégé, comme la société est l'homme général. Si la destruction sanglante et phvsique de l'homme-Dieu fut nécessaire pour racheter l'univers, en expiant la destruction sanglante et physique de l'homme que la société idolâtre offrait en sacrifice a ses dieux extérieurs et visibles; la destruction mystique et non sanglante de l'homme-Dieu est nécessaire pour racheter l'homme, en expiant la destruction de l'homme intérieur et moral que l'homme vicieux offre en sacrifice à ses dieux intérieurs et secrets. Le sacrifice sanglant fut la rédemption générale de l'univers, et par conséquent de tous les hommes; le sacrifice non sanglant est la rédemption particulière de chaque homme, qui, par son retour secret à l'idolâtrie, a rendu inutile à son égard la rédemption générale. C'est le même médiateur, qui fait à l'homme, qui le de-

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