‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 291 sur 300 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

mande, une application particulière de la médiation générale.

Un souverain qui accorderait à tous ses sujets serfs un affranchissement général qu'il attacherait à certaines conditions, ferait, de la loi générale, une application particulière à chaque individu, qui, en remplissant les conditions prescrites, se serait mis en état de profiter du bénéfice de la loi générale. La comparaison est exacte; car les sociétés physique et religieuse sont semblables, et elles ont une constitution semblable. Ce ne sont point des idées ascétiques que j'offre à mon lecteur; mais des principes rigoureux, des lois, des rapports véritablement nécessaires et dérivés de la nature des êtres sociaux, et dont on ne peut révoquer en doute l'existence et la nécessité, qu'en niant qu'il existe dans l'univers d'autres êtres que ceux que nous voyons et que nous louchons.

Les sectes réformées, qui, en admettant la nécessité de la médiation générale, rejettent la nécessité du sacrifice non sanglant de la religion chrétienne, ou de l'application particulière de la médiation générale, ont dû tomber dans deux absurdités opposées : l'une, de supposer que cerlains hommes n'ont jamais besoin de médiation particulière, et par conséquent ne peuvent jamais devenir pécheurs; l'autre, de supposer que la médiation générale a été entièrement inutile à quelques hommes, et qu'ils ne peuvent jamais devenir justes : c'est le fond de leur doctrine sur la grâce et la prédestination; dogmes affreux, qui ne peuvent aboutir qu'à ôter le remords au crime, ou l'espoir à la faiblesse ! J'en parlerai ailleurs.

2° J'ai dit que le sacrifice non sanglant de l'homme-Dieu était un rapport nécessaire dérivé de la nature de l'homme physique. En effet, la mort de l'homme-Dieu est la seule circonstance de sa venue sur la terre dont il soit nécessaire de maintenir la mémoire au milieu des hommes; puisque toutes les autres circonstances de sa mission et de sa vie se rapportent à celle là, et qu'on peut dire qu'il n'a daigné naître et vivre que pour pouvoir mourir. Or, les hommes ne peuvent avoir la mémoire que de ce qu'ils ont vu, ni la conserver que de ce qu'ils

voient; parce qu'à cause de l'union de leur esprit et de leur corps, et de l'influence qu'a celui-ci sur les opérations de l'autre, les objets extérieurs elTaceraient bientôt, par leur impression constante, l'idée d'un objet purement intérieur et qui luimême ne se produirait par aucune sensation extérieure. Un événement qui intéresse si éminemment tous les hommes, doit être [iguré aux yeux de tous les hommes, comme l'histoire doit en être rappelée à leur esprit; mais ce signe extérieur ne doit pas contraindre les sens : l'homme-Dieu doit être sensible à tous les sens, mais il ne doit être perceptible à aucun; car s'il était visible ou palpable, si l'homme ne pouvait le méconnaître, l'homme n'aurait plus le choix de méconnaître un Dieu qu'il pourrait voir ou toucher, il n'aurait plus de libre arbitre, il ne serait plus homme. 11 est donc nécessaire pour l'homme, que ses sens puissent méconnaître le Rédempteur, et que son esprit puisse révoquer en doute la nécessité de la rédemption. Dieu n'a donné à l'homme la facilité de se sauver, que parce qu'il avait la possibilité de se perdre : autrement le malfaiteur que la société condamne au dernier supplice, devrait se plaindre qu'on ne l'ait pas enchaîné toute sa vie, pour l'empêcher d'êlre coupable un instant.

3'' Le sacrilice non sanglant est un rapport nécessaire dérivé de la nature de l'homme à la fois intelligent el physique, de l'homme social, de la société.

La société religieuse chrétienne est une société constituée, une réunion tVétres semblables, réunion dont la fin est leur conservation mutuelle. Le principe de cette société est l'amour, puisque l'amour esl principe de conservation des êtres.

Donc l'amour sera mutuel; donc le don de soi-même, qui est l'action de l'amour, sera réciproque.

Mais Dieu demande à l'homme social le don de tout so!i être, intérieur et extérieur, le don de sa volonté et de sa force, de son esprit et de ses actions extérieures.

Dieu aussi se donnera tout entier à l'homme social; et comme le don de l'homme à Dieu est un don fini comme l'homme

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