LIVRE IV
les hommes, et une espèce de propriété à la place de toutes les propriétés, c'est-à-dire, offrir l'homme le plus universel et la propriété la plus universelle; offrir l'homme intérieur et extérieur, parce que l'homme social est nécessairement intelligent et physique. Si l'homme social, l'homme intelligent et physique se donne lui-même à Dieu, il faut, pour que le don soit mutuel, pour que l'amour soit réciproque et la société par/*mVe ou constituée, que Dieu se donne lui-même à l'homme social, c'est-àdire, à l'homme intelligent et physique; et si l'homme a été immolé à Dieu, il faut, autant qu'il est possible, que Dieu aussi soit immolé pour l'homme. Ce sacrifice de l'homme et de la propriété, l'histoire me le montre réel ou figuré dans tous les temps, chez tous les peuples, et dans tous les états de la société. Je le retrouve dans la société naturelle et dans la société politique; je le retrouve chez les Juifs et chez les chrétiens, je le retrouve chez les idolâtres et chez les païens, chez les Grecs, chez les Romains, chez les Germains, chez les Mexicains '; partout je retrouve le sacrifice de l'homme et l'offrande de la propriété; et lorsque la raison avoue la nécessité de la présence réelle de l'homme-Dieu au milieu de la société, et la nécessité du sacrifice mutuel, ou du don de soi-même, de l'homme à Dieu et de Dieu à l'homme, elle appelle la foi à son aide contre les sens qui s'obstinent à méconnaître un Dieu voilé sous des espèces ou des apparences, et contre les passions qui s'obstinent à rejeter un frein qui les importune. Le cœur dit, Je croiSf et la raison éperdue se rappelle ces paroles consolantes de Bossuet : « Dire : Je crois, est plutôt en nous un effort pour » produire un si grand acte, qu'une certitude absolue de l'a- » voir produit. » [Hist. des Variations.)
Jésus-Christ, fondateur de la religion chrétienne, est donc le pouvoir qui la conserve : effectivement, il dit lui-même qu'il n'est point la volonté de cette société, mais qu'il en est le pou-
' Il semble, par un passage de Cook, qu'on retrouve à Otahili Je sacrifice dd paganisme, la prostitution publique.
voir. Je ne fais points dit-il, ma volonté, mais celle de mon Père qui m'a envoyé; et il ajoute : Le Père ne juge personne, mais il a donné tout pouvoir au Fils. Or, le pouvoir de juger est essentiellement le caractère de la rojaulé '. Jésus-Christ n'est donc pas, selon lui-même, la volonté générale de la société religieuse; mais il en est le pouvoir général, et le raisonnement s'accorde avec la révélation.
Mais si Jésus-Christ est le pouvoir conservateur de la religion chrétienne, la religion chrétienne se conservera donc; et l'histoire des temps passés et l'expérience des faits récents nous prouveront qu'elle est indestructible : donc les religions, qui n'ont pas le sacrifice de la religion chrétienne, ou qui n'ont aucun sacrifice, ne se conserveront pas; et l'histoire des temps passés et l'expérience des faits qui sont sous nos yeux, nous prouveront que les religions qui n'ont pas de sacrifice, ou qui n'ont pas celui de la religion chrétienne, ne sauraient se conserver. Ils nous prouveront même qu'elles ne sauraient conserver ou défendre les vérités primitives et fondamentales de toute religion, l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme; c'est-à-dire, que les sociétés qui n'ont pas de Dieu-homme, ou le Dieu présent au milieu d'elles, sont des sociétés athées eimatérialistes.
La société religieuse, qui a Dieu présent et extérieur au milieu d'elle, se conserve : donc elle est la société constituée; donc elle est la véritable religion.
Les sociétés religieuses, qui n'ont pas Dieu présent et extérieur au milieu d'elles, ne se conservent pas : donc elles ne sont pas des sociétés constituées, donc elles ne sont pas de véritables religions; donc elles ne sont que des sectes.
J'ai "exposé les principes; je vais en faire l'application à l'histoire. Dans tout ce qui a rapport à l'homme et à la société, les faits doivent prouver le raisonnement.
' Ecclesia est polilia monarcbica raiione Chrisli absoluti monarchœ et capilisessentialis Ecclesiœ. [Richer.)
FIN DU PREmER VOLUME.