‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 293 sur 300 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

prie, mais encore pour tous ceux qui croiront en moi par leur parole; quils soient consommés dans l'unité, et que le monde connaisse que c'est vous qui m'avez envoyé, et que vous les avez aimés, comme vous m'avez aimé.

Enfin, dans son dernier repas avec ses disciples, il prend du pain, le bénit, le rompt, le leur présente, et leur dit sans préparation et sans commentaire : Prenez et mangez : ceci est mon corps qui est donné pour vous; il prend le calice, il rend grâces à Dieu, et leur dit avec la même simplicité d'expression et la même force d'assertion : Buvez-en tous; car ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance qui sera répandu pour vous : faites ceci en mémoire de moi. Son corps en effet est livré, son sang est répandu, et la nouvelle alliance est consommée.

Depuis ce temps, c'est-à-dire, depuis dix-huit cents ans, je vois dans la nouvelle alliance ou la nouvelle société des hommes avec Dieu, appelée Religion chrétienne, seule religion sociale; puisqu'elle a assuré la conservation de l'homme social en faisant cesser tous les genres d'oppression qui le détruisent, et l'oppression de l'âge par l'exposition publique, et l'oppression du sexe par le divorce, la polygamie et la prostitution publique, et l'oppression de la condition par l'esclavage, et l'oppression de l'homme physique par les jeux barbares du cirque ou les sacrifices abominables de sang humain, et l'oppression de l'homme moral par l'ignorance et l'absurdité du polythéisme : seule religion constituée, puisqu'elle est la seule dans laquelle les lois fondamentales soient des rapports nécessaires qui dérivent de la nature des êtres, les lois religieuses, des conséquences nécessaires des lois fondamentales et fondamentales elles-mêmes; cette religion dont la morale est si pure et les leçons si sublimes; cette religion qui a résisté à tant de persécutions, et qui a vu passer tant de sectes; cette religion qui montre une plus grande force de conservation, à mesure qu'elle s'éloigne du temps de son berceau, et qui, dans la première société de l'univers, survit à sa destruction même, et ressuscite de son tombeau, comme son fondateur, en frappant d'aveuglement et de I. 47

terreur les vils satellites qui l'y retiennent; je vois, dis-je, un sacrifice perpétuel, dans lequel les prêtres, visiblement successeurs des premiers disciples de l'homme-Dieu, les prêtres, force publique conservatrice de la société reb'gieuse extérieure, et ministres ou dispensateurs de la grâce, force conservatrice de la société intérieure, font en mémoire de cet bomme-Dieu ce qu'il leur a enseigné de faire : ils prennent le pain et le vin, ils les bénissent, ils rendent grâces à Dieu, il prononcent les mêmes paroles que leur maître prononça, ils mangent le pain, ils boivent le vin, ils le distribuent. L'autorité infaillible de la société religieuse me montre un homme-Dieu rendu extérieur et sensible sous ces apparences extérieures de la propriété la plus pure et la plus générale; elle me fait voir, dans sa mort, le sacrifice sanglant de l'homme-Dieu offert une fois par tous les hommes, et renouvelé sur nos autels d'une manière incompréhensible et non sanglante; je vois le sacrifice que j'ai remarqué dans toutes les religions, le sacrifice de l'homme et celui de la propriété; je vois le don de soi-même que l'homme intelligent et physique doit faire à Dieu, et le don de soi-même que Dieu, comme je l'ai prouvé, doit faire à l'homme intelligent et physique. Ce même sacrifice, cette même croyance, je les retrouve dans les deux grandes portions qui composent la société chrétienne; l'Eglise Latine et l'Eglise Grecque, inconciliables sur d'autres points, s'accordent sur ce dogme fondamental, et en prouvent la vérité par leurs divisions comme par leur accord. Le raisonnement me démontre que la société est une réunion d'êtres semblables y réunion dont la fin est leur conservation mutuelle ;([\ï\\ y a donc société entre Dieu et l'homme; que le principe de conservation des êtres est l'amour; qu'il y a donc amour entre Dieu et l'homme; que l'amour dans un être intelligent et physique se manifeste par les sens ou par le don de soi-même que l'objet aimant fait à l'objet aimé; que le corps social ou l'homme social doit donc s'offrir lui-même en don à l'Être suprême, c'est-à-dire, offrir l'homme et la propriété, éléments de toute société, offrir un homme à la place de tous

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