LIVRE I
litique, seront perpétuels; donc le ministère de la force publique sera héréditaire.
Hérédité du ministère de la force publique sociale conservatrice de la société politique; loi politique^ conséquence nécessaire des lois fondamentales du pouvoir unique et des distinC' lions sociales, et fondamentale elle-même.
II j eut donc en Egypte des familles militaires, comme il y avait des familles sacerdotales et une famille royale. « Après » les familles sacerdotales, qu'on estimait le plus, dit Bossuet, » les plus illustres étaient, comme parmi nous,^ les familles » destinées aux armes. »
Remarquez toujours l'accord parfait de cette loi avec le principe élémentaire de la société politique, qui n'est composée que de familles, et qui ne considère que la famille et jamais l'individu.
La force publique de la société, pour être essentiellement conservatrice de la société, devait être essentiellement indépendante de la volonté particulière de tout homme de la société ; car la volonté particulière de tout homme est nécessairement dépravée et destructive, et une force nécessairement conservatrice, puisqu'elle est l'action d'un pouvoir nécessairement conservateur, ne pouvait obéir à une volonté nécessairement destructive.
Le ministère de la force publique de la société politique, rendu perpétuel par la transmission héréditaire, fut indépendant de toute volonté humaine, puisqu'il fut un caractère qu'aucune volonté humaine ne put effacer; puisqu'il se communiqua indépendamment de toute volonté humaine; puisqu'en même temps et par les mêmes voies par lesquelles l'homme communiqua l'existence naturelle, il communiqua l'existence sociale, c'est-à-dire le droit, ou, pour mieux dire, le devoir d'être ministre de la force publique conservatrice de la société politique, et qu'ainsi il donna naissance à une famille sociale et à une famille naturelle à la fois. Dieu même ne pourrait effacer dans l'individu ce caractère qu'il lient de sa nais-
sance, et il ne peut pas faire que l'homme ne naisse avec le devoir de remplir les fonctions confiées à sa famille, parce qu'il ne peut pas faire que le fils ne naisse pas de son père.
On a vu, dans la perpétuité des fonctions sacerdotales, l'origine du ministère lévitique chez les Juifs et du sacerdoce chez les chrétiens; on peut voir, dans l'hérédité des fonctions militaires sociales, l'origine et le motif de la noblesse dans les sociétés politiques.
Le sacerdoce et la noblesse ne sont donc des distinctions^ que parce quelles sont des professions distinguées des autres par leur nécessité pour la conservation de la société. L'individu, membre de la profession sacerdotale ou noble, n'est distingué des autres individus que parce qu'il appartient à une famille sociale, c'est-à-dire à une famille vouée spécialement et sans retour à la conservation de la société, et qui ne peut, sans encourir le blâme ou l'animadversion de la société, se soustraire à ses engagements envers la société. Cette famille ne peut donc plus disposer d'elle-même ; elle est donc esclave de la société; elle n'est donc distinguée des autres familles, qu'en ce qu'elle n'a pas la liberté qu'elles ont d'embrasser une autre profession que celle à laquelle sa naissance la destine. C'est là la solution du problème que l'auteur du Contrat social se propose et qu'il n'ose résoudre, parce qu'il n'a que Tinstinct de quelques vévités et qu'il ne remonte pas aux principes : « Quoi, dit-il, la » liberté (sociale) ne se maintient qu'à l'appui de la servitude? » peut-être. » L'histoire s'accorde parfaitement avec ma théorie. « Les peuples, dit Montesquieu, qui n'ont point de » prêtres sont ordinairement barbares. Tels étaient autrefois » ïesPédaliens, tels sont encore les Wolguski. » C'est-à-dire que des peuples qui n'ont point de prêtres ne forment point de société : j'ajoute que, chez les peuples qui n'ont point eu de noblesse, la société n'a point rempli la fin de toute société, qui est la conservation de rhomme; c'est-à-dire que des peuples qui n'ont point eu de familles sociales ou de noblesse, n'ont point formé de société, et qu'ils n'ont pas laissé après