‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 31 sur 300 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

qu'elle peut, par l'éducation, former de bons rois, comme elle forme des hommes utiles dans les autres professions, et qu'enfin le monarque ne conserve pas la société par son action, mais par sa seule existence : semblable à la clef d'une voûte, qui n'en soutient pas les différentes parties par son eCTort, mais qui les maintient à leur place par sa position \

Ainsi la société n'eut pour rois que des hommes élevés à l'être; car alors l'éducalion en faisait des rois et non des hommes; tous ceux qui les instruisaient, tous ceux qui les approchaient, tout ce qu'ils voyaient, tout ce qu'ils entendaient, leur inspirait de grandes vertus et non de petites passions, leur apprenait à pratiquer les devoirs pénibles de la royauté et à redouter les honteuses faiblesses de i'humanitéo Aussi ces princes, soumis presque en naissant à une éducation sévère, la seule qui, pour former des rois, puisse remplacer les leçons utiles de l'adversité, donnaient à leurs peuples l'exemple

» pas de plus grand malheur pour les États, que ce concours de personnages » illustres et puissants, qui, prétendant tous à l'autorité, commencent par la <» diviser et unissent par l'anéantir. » Le plus grand bienfait de la royauté est d'épargner à la société une foule de grands hommes qui voudraient devenir plus grands.

' Le parallèle est d'une vérité frappante. Dans une voûte, les parties inférieures et les plus éloignées de la clef ont peu de saillie, et semblent se maintenir par elles-mêmes et sans le secours des parties supérieures. C'est le peuple, partie nécessaire et primitive de la société; à mesure que les parties supérieures s'élèvent, elles prennent plus de courbure et de saillie, et leur assiette est plus dépendante de celle de la clef. Ce sont les secondes classes de la société. Les parties de la voûte qui sont immédiatement voisines de la clef, ne peuvent se soutenir sans elle, et la soutiennent à leur tour, elles se maintiennent ou tombent ensemble; c'est le clergé et la noblesse, parties nécessaires de la constitution monarchique, voisines du trône, dont elles partagent l'éclat et les revers. Si les parties inférieures supportent les parties supérieures, celles-ci, à leur tour, couvrent les inférieures et assurent leur stabilité par leur pression. Quand la clef et les parties avancées de l'arche sont tombées, le fleuve emporte les piles et engloutit dans son gouffre jusqu'à l'humble moellon, qui jusque là avait bravé la violence des eaux. La société est un point élevé sur le fleuve des passions humaines sur lequel il faut que l'homme passe pour arriver à l'éternité. Le mal est, qu'on prend une superposition nécessaire, pour une oppression,

de l'observation rigide de la religion et des lois : «Les plus » grands hommes de l'Egypte, dit Bossuet, furent ses rois. » Avancer, avec les modernes législateurs, qu'un peuple peut attenter à la loi fondamentale du pouvoir unique, ou à la loi non moins fondamentale de la succession héréditaire du pouvoir, c'est avancer que la volonté particulière de quelques hommes a le droit de s'opposer à la volonté générale de la société, et que la société peut vouloir se détruire elle-même, lorsque la nature veut qu'elle existe : et qu'on n'oublie pas de remarquer que ce suicide social a pour défenseurs les partisans du suicide naturel.

Le lecteur m'a prévenu sans doute, et il a déjà aperçu qu'on pouvait appliquer à la force générale conservatrice de la société politique ; ce que j'ai dit de la force générale, conservatrice de la société religieuse : je ne craindrai pas de le répéter, et presque dans les mêmes termes. Dans le développement de vérités aussi essentielles à la société, je ne puis craindre que de n'être pas assez clair.

Volonté générale ou sociale, pouvoir général ou social, force «rénérale ou sociale, conditions sans lesquelles une société ne peut exister ou se conserver.

La t'o/o?i/e générale, conservatrice de la société, se manifeste par un pouvoir général conservateur; car une volonté sans pouvoir n'est pas une volonté.

Le pouvoir général conservateur agit par une force générale conservatrice, car un pouvoir sans force n'est pas un pouvoir.

La volonté générale qu'un être a de parvenir à sa fin est perpétuelle, son pouvoir d^ y parvenir doit être perpétuel, sa force d'y parvenir doit être perpétuelle aussi ; car le pouvoir ne peut pas plus exister sans force, que l'être ne peut exister sans la volonté de parvenir h sa fin.

Force est action ; action suppose des agents ou ministres. Donc les agents ou ministres de la force publique, générale ou sociale (car ces expressions sont synonymes) de la sociéN^ po-

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