CHAPITRE y II
SUITE DU MÊME SUJET
Qu'est-ce que l'oppression politique? L'oppression est l'acte d'une volonté dépravée qui s'exerce par une force supérieure : considérée dans l'homme dépositaire à\x pouvoir général, elle est l'effet de la volonté dépravée d'un seul, qui s'exerce par la force de tous.
L'oppression est publique ou individuelle, selon qu'elle pèse sur le corps social ou sur ses membres.
La fin de la société étant de conserver ou de défendre l'homme et la propriété, il y a oppression toutes les fois que l'homme et la propriété ne sont pas défendus.
Pour défendre l'homme et la propriété contre les entreprises de l'homme ou les accidents de la nature, il faut employer ou déplacer une partie des hommes par la profession militairedéfensive, et une partie des propriétés par l'impôt.
Si cette partie des hommes et des propriétés, déplacée ou employée pour la défense de l'autre partie, excède les besoins de la société ou est insuffisante, la société est également opprimée, dans le premier cas, par un gouvernement dur et avide; dans le second, par un gouvernement indolent et faible : car faiblesse est oppression, et même l'oppression la plus funeste.
Puisque l'oppression est un emploi ou déplacement excessif ou insuffisant d'hommes et de propriétés, il faut fixer la partie des hommes et des propriétés dont les intérêts de la société nécessitent le déplacement; car Thomme-roi ne pourra faire de déplacement d'hommes ou de propriétés contraire aux intérêts de la société, là oii les hommes et les propriétés seront fixés de la manière la plus utile à la société.
Ainsi l'oppression publique sera empêchée, et l'homme dépositaire à\x pouvoir de l'Etat sera limité, dans sa volonté particulière, non par des équilibres ou des chocs, mais de la même manière que la volonté de Dieu même est limitée par des lois ou rapports nécessaires, et qu'elle ne peut détruire *. Car si une volonté particulière, qui s'exerce par une force publique, devait être réprimée par une autre volonté agissant avec une autre force publique, il y aurait dans la société deux volontés.
' Dieu ne peut changer les essences des choses; uter la rondeur au cercle, l'égalité des angles à un triangle équiiatéral, l'étendue à la matière, la figure aux corps, etc.