LIVRE I
àe.u\ pouvoirs, deux forces publiques, il y aurait deux sociétés.
Voyons comment la société égyptienne fixa, de la manière la plus utile pour elle, la partie des hommes et des propriétés dont l'emploi était nécessité par ses besoins. Commençons par les propriétés.
La partie de la propriété dont les intérêts de l'Etat exigent le déplacement c'est-à-dire l'impôt, a deux objets : les dépenses personnelles du monarque, les dépenses publiques de l'État.
Le monarque établi pour réprimer les actes extérieurs de la volonté dépravée ou de la passion de tous, doit être personnellement indépendant de tous. Il doit donc nécessairement être propriétaire : car celui qui ne subsiste pas de sa propriété subsiste de celle d'autrui, et par conséquent il est dépendant, soit qu'il accepte, soit qu'il usurpe.
Le monarque devint donc propriétaire, et la société assigna des terres pour son entretien.
Autre loi politique nécessaire : indépendance personnelle du monarque, assurée par une dotation en propriétés.
Chez les anciens peuples, et particulièrement en Egypte, comme on le voit par l'histoire des Juifs, on imposait pour les dépenses publiques, dit Rousseau, p?M^d^ les bras des hommes que leur bourse, et les travaux publics étaient faits par des esclaves. Cette disposition avait le double effet d'empêcher le déplacement des propriétés par l'impôt, et celui des citoyens par les travaux publics; mais pour ménager la propriété ou l'homme, il opprimait l'humanité.
Le déplacement excessif des hommes, par la profession militaire, n'était pas moins prévenu que l'emploi excessif des propriétés par l'impôt, puisqu'une loi bornait cette profession à un certain nombre de familles, et qu'il y avait des familles militaires comme il y avait des familles sacerdotales et une famille royale.
Nous verrons dans la suite ce que le perfectionnement nécessaire des sociétés a conservé de cette loi, et ce qu'il y a ajouté.
Non-seulement, le déplacement excessif des hommes par la profession militaire était empêché par la loi qui avait déterminé le nombre de familles militaires sur les vrais besoins de la société, c'est-à-dire, pour sa défense; mais il était encore empêché par la loi qui attachait toutes les familles à une profession particulière : car l'homme-roi ne pouvait faire de déplacement d'hommes contraire aux intérêts de la société, là où la loi fixait tous les hommes de la manière la plus utile à la société, puisque tous les hommes, et le roi lui-même, étaient soumis à la loi.
Les motifs de cette loi, qui subsiste encore d'une manière plus analogue aux développements de la société et à ses besoins, étaient puisés dans la nature de la société.
Avec la société étaient nés les besoins, et les besoins multipliaient les professions. L'utilité commune exigeait donc que les membres de la société exerçassent différentes professions, et que chaque membre exerçât une profession; car, dans une association, tous les membres doivent concourir à l'utilité commune.
(( Il n'était pas permis, continue Bossuet, d'être inutile à » l'Etat : la loi assignait à chacun son emploi, qui se perpé- » tuait de père en fils. Les prêtres et les soldats avaient des » marques d'honneur particulières; la profession de la guerre » passait de père en fils, comme les autres; et après les familles » sacerdotales qu'on estimait le plus, les plus illustres étaient, » comme parmi nous, les familles destinées aux armes. »
On voit dans cette disposition la nécessité des distinctions héréditaires; elle est évidente.
Il était dans la nature des choses, que les professions fussent distinguées entre elles par le degré d'utilité dont elles étaient pour remplir la fin de la société.
Ainsi, parce qu'il y avait deux professions distinguées des autres par leur importance pour le maintien de la société, le ministère de la religion et celui de la force publique, il y eut des distinctions : et parce que les professions étaient héréditaires, et il y eut des distinctions héréditaires.