LIVRE I
cun principe, sur aucune nature des choses, ne doivent leur existence qu'à des volontés particulières, des opinions et des convenances.
« Dans la démocratie, le peuple ne peut être monarque » que par ses suffrages, qui sont ses volontés : la volonté du » souverain est le souverain lui-môme. »
Ses, suffrages sont ses volontés. Avant de s'assembler, il ne connaît pas quel sera le résultat de ses suffrages, il ne connaît donc pas ses volontés; ce souverain ne sait donc pas ce qu'il veut; et, si les suffrages sont exactement balancés, ou s'il en manque un seul, il n'y aura point de volonté, et par conséquent point de souverain *.
Le peuple n'est monarque que par ses volontés; il doit donc toujours avoir des volontés, parce qu'il est dans sa nature qu'il veuille toujours être monarque ; de là son intervention continuelle dans le gouvernement, et la ruine de la démocratie.
« Ce monarque, continue l'auteur, a toujours trop ou trop » peu d'action : quelquefois avec cent mille bras il renverse » tout; quelquefois avec cent mille pieds il ne va que comme » un insecte. »
Voilà donc ce monarque qui ne peut pas plus régler son action, qu'il ne peut connaître ses volontés : il ne sait ni ce qu'il veut, ni ce qu'il fait; c'est à-dire qu'il est sans volonté et Sans pouvoir y ou sans force dirigée.
« Une loi fondamentale est de fixer le nombre des citoyens )) qui doivent composer les assemblées : sans cela on pourrait » ignorer si le peuple a parlé, ou seulement une partie du » peuple. A Lacédémone, il fallait dix mille citoyens, à Rome, » on n'avait point fixé ce nombre, et ce fut une des causes de » sa ruine. »
Il y a contradiction dans ce passage; car si l'on fixe le nom-
' Toute société qui peut se trouver dans une condition telle qu'une loi, qu'elle juge nécessaire à sa conservation, (et il ne doit pas s'en faire d'autres) puisse n'être pas faisable, n'est pas une société.
bre des citoyens, on ne peut pas ignorer que tout le peuple ne parle pas, et que ce n'est que le nombre des citoyens qu'on a fixé. Assurément, celte prétendue loi fondamentale n'est pas dans la nature de l'homme, elle n'est donc pas dans la nature de la société : pourquoi les uns sont-ils plus monarques que les autres? ou pour mieux dire, pourquoi les uns exercent-ils les droits de souverain, et les autres ne jouissentils môme pas des droits de citoyens? Que faut-il de plus à un citoyen pour être admis à exercer tous les droits, que le libre et bon usage de ses facultés intellectuelles? Si vous me répondez que votre gouvernement ne pourrait aller avec tant de souverains, j'en cop.clurai que votre gouvernement n'est pas dans la nature de l'homme.
Si cette fixation du nombre de citoyens qui doivent exercer les fonctions de monarque, est si importante, que l'omission ou l'imperfection de celte loi puisse être une des principales causes de la ruine d'un état populaire, sur quelle hase asseoir celé fixation si essentielle? Je trouve dans la nature la raison qui, dans une monarchie, place dans une seule famille l'exercice du pouvoir, appelle l'aîiié des mâles, et exclut les femmes de la succession; mais à quelle loi naturelle ou positive, auraije recours pour me décider entre la moitié, le tiers ou le quart des citoyens? Si j'écoute les savants, je me livre à l'incertitude des systèmes; si je consulte l'histoire, je m'expose à la contradiction des exemples.
Mais enfin ce nombre mystérieux une fois fixé, la réunion des volontés de tous les citoyens sera la volonté du monarque! Point du tout.
Ces membres du souverain, dont il était si difficile et si important de fixer le nombre, il n'est pas du tout nécessaire qu'ils s'accordent, il est presque impossihle qu'ils le fassent; et le moyen le plus sur de réduire ce monarque à une inaction totale, est d'exiger l'unanimilé dans ces volontés : et comme quelques-uns jycwren^ pour tous les autres, quelques-uns aussi veulent pour tous les autres; en sorte qu'une volonté prétendue