CONCLUSION DU LIVRE PREMIER
Je ne dis pas : Yoilà mon système; car je ne fais pas de système; mais j'ose dire : Voilà le système de la nature dans l'organisation des sociétés politiques, tel qu'il résulte de l'histoire de ces sociétés. En effet, c'est l'histoire de l'homme et des sociétés qu'il faut interroger sur la perfection ou l'imperi^ction des institutions politiques qui ont pour objet le bonheur de l'un et la durée des autres
Il ne s'agit donc pas de savoir si les principes que je viens d'exposer sont nouveaux, mais s'ils sont vrais; s'ils sont con-
formes à des opinions accréditées, mais s'ils s'accordent avec des faits incontestables; si quelques hommes célèbres en ont avancé de différents, mais s'ils en ont, soutenu de meilleurs, je veux dire de plus propres à assurer la perfection de l'homme moral, et la conservation de l'homme physique, unique fin de la société civile.
J'ai dépouillé l'exposé que j'en ai fait de tout ornement superflu, pour qu'on pût en mieux saisir l'enchaînement, en suivre plus facilement l'application, ou en apercevoir plus aisément les erreurs; et j'ai pensé que l'intérêt résultant des développements historiques me ferait pardonner la sécheresse de la méthode didactique que j'ai suivie jusqu'à présent.
Je vais donc faire voir quelle a été l'influence de la constitution sur la durée, l'indépendance, la prospérité, le perfectionnement, le caractère national, l'existence enfin des sociétés, selon qu'elles en ont plus ou moins suivi les principes et développé les conséquences, c'est à-dirc selon qu'elles ont été plus ou moins constituées.
Les institutions opposées dont nous avons analysé les principes, ont eu, à leur tour, sur l'état et les habitudes des peuples qui les ont établies ou adoptées, des effets qu'il sera intéressant de remarquer. Des routes opposées nous ramèneront au même but, à cette vérité fondamentale : Que la constitution politique des sociétés est le résultat nécessaire de la nature de l'homme, et non le fruit de son génie ou du hasard des événements.
Je terminerai ces réflexions par une observation importante, et qui résulte du rapprochement que je viens de fiiire de la constitution monarchique et des institutions républicaines, c'est-à-dire de la législation de la nature et de la législation de l'homme.
La nature, qui connaît l'homme et sa volonté dépravée, lui ôte, dans la société constituée, l'exercice de sa volonté; mais elle laisse à ses actions indifférentes toute leur liberté naturelle. S'il en abuse, il n'en doit compte qu'à la religion; elle seule