LIVRE iir
religion païenne, chez les Egyptiens et chez les Germains, quelque vestige de la perfection de leurs lois politiques.
« Jamais État ne fut fondé, dit Rousseau, que la religion ne » lui servît de base. » On a vu plus haut que l'oppression de la religion n'allait jamais sans l'oppression du gouvernement, et réciproquement. Par conséquent, la perfection, ou ce qui est la même chose, la constitution politique de la société devrait se trouver toujours avec la perfection de la religion ou la constitution religieuse : et cela serait ainsi, si l'homme pouvait s'élever de lui-môme à la religion parfaite, comme il peut, en suivant ses passions, descendre à une religion oppressive, c'est-à-dire absurde, cruelle, licencieuse.
Chez les Grecs et les Romains, sociétés politiques non constituées ou oppressives, la religion était oppressive pour l'homme moral, parce qu'elle était absurde et licencieuse; pour l'homme physique, parce qu'elle était voluptueuse et cruelle. La religion s'accordait donc avec le gouvernement; et ce qui prouve bien la vérité du principe, c'est qu'elle était plus oppressive là où la société politique était moins constituée. Ainsi elle était plus licencieuse, plus voluptueuse, plus oppressive par conséquent, dans la Grèce, où le pouvoir était plus divisé et les institutions populaires dans tout leur délire; elle était plus grave, plus sévère, plus chaste à Rome, où le pouvoir était plus réuni, c'est-à-dire plus constitué, et où la société avait même la faculté précieuse et particulière à elle seule, de constituer parfaitement son pouvoir, toutes les fois que l'intérêt de sa conservation le demandait; ce qu'elle faisait en nommant un dictateur, comme nous l'avons dit.
En Egypte et chez les Germains, où la société politique était constituée, le gouvernement était nécessairement en contradiction perpétuelle avec une religion qui ne l'était pas. La guerre était inévitable entre un gouvernement protecteur et une religion oppressive; cette guerre intestine devait entraîner une révolution dans la religion ou une révolution dans le gouvernement. L'un et l'autre arriva en Egypte. La religion
de rÈgyple ne ressemblait à la religion d'aucune autre contrée idolâtre. Ailleurs, les dieux étaient voluptueux ou sanguinaires, et le culte licencieux et barbare; en Egypte, les dieux furent vils, mais utiles; le culte fut grave, imposant, cérémonieux, et l'on soupçonna même ses prêtres d'avoir eu des notions plus relevées de la divinité dont ils n'offraient aux peuples que de grossiers emblèmes. Mais cette religion imparfaite, moins constituée que le gouvernement, l'entraîna à une révolution; et l'Égyptien se ruina par ses divisions, avant de périr par la conquête.
Chez les Germains, la religion était la religion païenne, s'il faut en croire Tacite et César; car il faut observer que les Romains seuls ont décrit les mœurs de ces peuples, et que les Romains n'imaginaient pas d'autre religion que la leur. Le culte chez les Germains était simple, parce que la nation était dans son enfance; il était grave, parce que les mœurs étaient pures; mais il était cruel^ parce que les habitudes étaient guerrières : on voit du moins dans Tacite qu'ils immolaient des victimes humaines. Tous les peuples de-la terre, excepté les Juifs, les peuples même les plus policés, les Grecs et les Romains, ont offert de ces sacrifices abominables. Les Espagnols trouvèrent dans les temples du Mexique deux cent mille crânes de victimes humaines. J'ai la conviction la plus, intime que la révolution de France n'eût pas fini sans qu'on eût offert en réalité et sans métaphore, à la liberté, ces horrihles holocaustes. J'approfondirai ailleurs les causes de celle affreuse maladie du genre humain. Je reviens aux peuples du Nord. Quelque absurde, quelque cruel que fût leur culle, on démêle cependant dans leur religion des idées, ou pour mieux dire, des senlimenls de la nature de la divinité, bien plus justes que chez les autres peuples. La nature inspirait des sentiments à ces nations dociles à ses lois, en attendant que la véritable religion pût leur donner des connaissances. Ecoutons Tacite : les expressions dont il se sert sont remarquables. « Au reste, dit-il, » les Germains ne pensent pas qu'il soit digne de la majesté