‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 80 sur 300 · LIVRE m · texte numérisé non relu

LIVRE m

» des dieux de les renfermer dans des raurs, ou de les repré- » senter sous des figures humaines; ils consacrent dévastes » forets, et ils donnent des noms de divinités à cette sombre » et secrète horreur qu'ils n'aperçoivent qu'avec les yeux du » respect; » deorum nominibus appelant secretum illud, quod solâ rêver entiâ vident .

Certainement une nation qui ne croyait pas que les dieux eussent un corps, n'était pas loin de croire que la divinité est un pur esprit. Je vais plus loin : et il me semble que Tacite lui-même a méconnu la religion des Germains, religion qui, quoique idolâtre, s'écartait peut-être autant dans son culte du paganisme des peuples policés, qu'elle se rapprochait, par ses traditions, de la religion primitive. Cette méprise, presque inévitable lorsqu'on traite de ce qu'il y a de plus intérieur dans les institutions d'un peuple non policé, et qui ne présente à l'examen le plus attentif que des pratiques extérieures dont les motifs souvent sont ignorés du plus grand nombre des individus, doit mettre en garde contre les relations des voyageurs, et tout ce qu'ils nous disent de la religion des peuples sauvages ou barbares. On retrouve, en effet, dans lescroyances religieuses les plus anciennes des peuples du Nord, des traces non équivoques des traditions primitives du genre humain, traditions conservées dans les livres sacrés de la religion constituée ou chrétienne. « On sait, » dit le judicieux Mallet, dans son Voyage de Norwège, ber- » ceau des peuples du Nord, on sait que dans le système reli- » gieux des anciens peuples du Nord on admettait un ennemi » de Dieu et des hommes, un mauvais principe qui se mani- » festait sous diverses formes, et qui attaquait sans cesse sour- » dément et ouvertement toute la création. Thor, le fils du Dieu » suprême et le second des dieux, la défendait avec courage » et persévérance; ses fonctions étaient de chercher partout » cet ennemi et de le combattre. Dans une des fiibles de » l'Edda, le mauvais principe est représenté sous la figure » d'un grand serpent marin. Thor, sous celle d'un jeune » homme, va le pêcher, accompagné d'un géant auquel il cache

» son dessein; le dieu le pécha, et, suivant quelques récils, il » lui brisa la tête d'un coup de massue. » Les Germains, à leur entrée dans les Gaules, y trouvèrent la religion chrétienne établie. Disposés par leurs opinions à en croire les dogmes, à en pratiquer les vertus par la pureté de leurs mœurs, ces fiers Sicambres baissèrent la télé sous le joug de la religion, et la constitution naturelle des sociétés religieuses s'unit à la constitution naturelle des sociétés politiques pour former la véritable société civile.

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