‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 84 sur 300 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

avoir partout la même constitution. Mais la société, ainsi que rhomme, passe par différents états d'enfance, de jeunesse, de virilité; la constitution aura, comme l'homme et la société, ses différents âges. Elle aura en elle-même un germe de perfectionnement insensible, qui se développera à mesure que la société s'étendra et se perfectionnera, et qui, effet et cause à la fois de ses progrès, la conduira infailliblement au plus haut période de perfection auquel une société puisse parvenir; les changements que l'on croira remarquer dans la constitution d'une société n'en seront le plus souvent que les développements naturels et nécessaires. Cette observation est particulièrement applicable à la monarchie française.

Les institutions politiques des peuples qui, comme les Grecs, cherchent la sagesse hors de la nature, ont en eiles-mômes un principe de dégénération dont le développement successif et nécessaire entraînera la société au dernier degré de trouble, de désordre et de malheur : cette assertion sera démontrée en son lieu. Vérités fondamentales, dont la ihéorie est le sujet de cet ouvrage : puisse son application à la société être l'objet des méditations les plus sérieuses, des efforts les plus soutenus de tous les gouvernements!

Ainsi, pour suivre le parallèle jusqu'au bout, l'homme moral, ou intelligent, se perfectionne par la pratique des lois religieuses et morales, et acquiert sur ses penchants un empire qui fait sa force et son bonheur. Mais, s'il méconnaît ces lois, il tombe dans l'esclavage de ses sens, et n'y trouve que désordre, trouble et confusion.

Je vais réunir sous un même point de vue les nouveaux rapports entre la société et son pouvoir, ou les nouvelles lois politiques que la nature a successivement développées dans les sociétés fondées par les peuples Germains. Je prendrai la France pour exemple, parce qu'elle était, de toutes les sociétés, celle dans laquelle il s'était développé le plus de ces rapports, c'est-à-dire qui avait des lois politiques plus nécessaires et en plus grand nombre.

Reprenons les lois fondamentales.

La religion chrétienne, essentiellement sociale, non-seulement intervint dans tous les actes de l'homme social, mais elle consacra la société même, en marquant d'un sceau particulier celui que la nature appelait à exercer la volonté générale de la société. Pour l'intérêt de la société, pour le sien propre, il contracta, dans les mains de la religion, l'engagement de la défendre; et la religion contracta envers lui l'engagement de le protéger : engagement réciproque et sacré, que la religion n'enfreint jamais la première, mais auquel \e pouvoir de la société ne manque jamais impunément! Je ne parle qu'en politique. Si Louis XVI, plus touché de l'intérêt général de la société, que sensible aux malheurs particuliers que sa résistance n'eût pas manqué d'entraîner, eût refusé son consentement aux décrets sur la constitution civile des ministres de la religion, Troja^nunc slaves l ....

Les peuples Francs avaient, il est vrai, fixé dans une famille l'exercice du pouvoir général; mais il élisaient souvent entre les individus de cette famille, celui qui devait l'exercer, en sorte qu'ils souffraient des inconvénients de l'élection, sans jouir des avantages de la succession héréditaire. C'était ainsi sous la première et quelquefois sous la seconde race des rois Francs. Peu à peu, et sans qu'on puisse en assigner l'époque, la coutume s'établit d'appeler à la couronne l'aîné des mâles, a l'exclusion des collatéraux et des filles; « coutume, dit Jérôme » Bignon, plus forte que la loi même, cette loi a^ant été gravée » non dans du marbre ou du cuivre, mais dans le cœur des » Français. »

Cette loi est dans la nature.

1" 11 est dans la nature que celui des enfants qui est le plus tôt en âge de gouverner, soit le premier appelé à exercer le pouvoir.

2" L'exclusion des collatéraux est également fondée sur la nature. Car il est dans la nature de l'homme qu'un prince régnant prenne de l'ombrage de celui qui doit lui succéder, s'il

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