‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 86 sur 300 · LIVRE m · texte numérisé non relu

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ou dangereux créent les besoins factices. La société ne devait pas laisser sans récompense les travaux importants, les découvertes utiles, les chefs-d'œuvre de l'imagination et du goût, l'étude approfondie des sciences, les talents de l'homme d'État, les vertus du citoyen : car, dans une société constituée, l'héroïsme des vertus et l'éclat des talents militaires ne devaient pas être les seuls honorés. Il était dans la nature des choses, que la société payât tous les services qu'on lui rendait, et qu'elle proportionnât le salaire au service, la récompense au mérite, la reconnaissance au bienfait. Or, tous les services rendus à la société, tous les bienfaits dont elle est l'objet, ont un effet aussi durable que la société même. La récompense ou le salaire devait donc durer autant que la société. Récompenser quelqu'un, est le distinguer des autres; et la société ne connaît d'autres distinctions que les professions sociales ou distinguées. D'un autre côté, la société ne considère jamais l'homme, mais la famille; elle récompensa donc son bienfaiteur en récompensant sa famille, elle récompensa la famille en la distinguant; elle la distingua * en l'agrégeant à une profession distinguée. Ainsi elle proportionna la récompense au bienfait relativement à la société, en la faisant durer autant que la société : et relativement au bienfaiteur, en la faisant durer autant que sa famille Telle est l'origine de nos lettres d'anoblissement, manière d'agréger de nouvelles familles à la profession sociale ou à la noblesse, qui a précédé et qui a dû précéder celle par exercice de charges, dont je parlerai en son temps.

Cette loi politique est une conséquence nécessaire de la loi fondamentale des distinctions sociales, et le résultat inévitable des progrès de la société et de ses besoins.

La société politique ne pouvait agréger à la profession sa-

' Les premières lettres d'anoblissement en France sont de Philippe-lc-Hardi, en 1270, en faveur de Raoul, argentier (orfèvre) du roi. {Hénault.) La nation se poliçait, elles arts utiles acquéraient de la considération.

cerdotale les familles qu'elle voulait distinguer, puisque celle profession, dans la religion chrétienne, n était "pas une profession de famille. Elle les agrégea donc à la profession sociale défensive de la société; en sorte que, par une institution sublime, et qui n'a pu émaner que de la volonté générale de la société qui a la conservation de la société pour objet, la récompense la plus honorable, le salaire le plus précieux dont la société pût pajer un bienfait, fut d'admettre la famille du bienfaiteur au nombre de celles qui étaient plus particulièrement consacrées à la conservation de la société, et par leur naissance même dévouées à sa défense. Car, qu'on ne s'y trompe pas, la noblesse n'est une distinction, qu'en ce qu'elle est un engagement particulier, dont on verra plus bas le motif et la nature. Ainsi l'on n'est pas militaire, parce qu'on est d'une famille noble; mais ou est noble, parce qu'on est d'une famille militaire, quoique l'individu puisse exercer quelque autre profession également utile à la société, et plus analogue à sa position. Le service militaire social constitutionnel ou défensifcsi donc la véritable destination, le premier motif de la noblesse : tout le lui rappelle, jusqu'à ses emblèmes; tout le prouve, jusqu'à son expulsion de la France et de ses armées, que les factieux n'ont pas manqué de provoquer secrètement ou même d'ordonner, lorsqu'ils ont voulu détruire la société.

C'était donc une loi bien inconstitutionnelle que celle de Henri IV, qui ordonnait qu'à l'avenir la noblesse ne s'acquerrait plus par les armes \ et le président Hénault s'en étonne avec raison. C'était donc une loi constitutionnelle, ou plutôt un retour tardif à la constitution, que la loi de 1750, qui fixait l'époque après laquelle la noblesse personnelle de l'homme de guerre deviendrait héréditaire dans sa famille.

'. L'article 2o8 de rOrdonnance de Blois, rapporlt-oà l'année 1579, supprima la noblesse acquise par les (iofs, et l'cdit de Henri IV supprima celle acquise par les armes. On peut être surpris, dit Uénault, que Uenri IV, qui devait tant à ses braves capitaines, reconnût si peu leurs services militaires.

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