‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 88 sur 300 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

roi, la force générale exercée par la noblesse. Tout le reste de la nation était sans propriétés sociales; car toute propriété dans la société constituée doit obliger à un service envers la société, et c'est pour pouvoir assurer et exiger ce service que le servage était établi. Voilà le gouvernement féodal. La société seule était propriétaire, et donnait l'usufruit au roi, sous l'obligation de la gouverner; aux ministres delà religion, sous l'obligation de réprimer les volontés dépravées de tous; aux ministres de la force publique, sous l'obligation de réprimer les actes extérieurs de ces volontés dépravées. Le corps social était donc représenté par tous les hommes sociaux et par toutes les propriétés sociales, puisqu'il l'était par toutes les professions sociales, et par les professions qui occupaient toutes les propriétés; et cette représentation était aussi exacte et un peu plus sociale que celte prétendue représentation fondée sur une combinaison si savante et si ridicule de population, de contribution et de territoire ; combinaison par laquelle on fait entrer dans la représentation du corps social, comme partie intégrante et sine qua non, et le scélérat le plus vil, et l'impôt le plus oppressif, et le rocher le plus aride.

Les professions royale, sacerdotale et militaire ou noble, comme professions sociales et uniques propriétaires, composèrent donc seules les grandes assemblées de la nation; et comme une des fonctions de ces assemblées était d'élire, en cas de nécessité, la famille régnante, on vit les deux professions conservatrices de la société, disposer seules de la couronne, lorsque la nature de la société, qui tend sans cesse à sa conservation, rendit nécessaire la réunion de ce que les passions des hommes avaient séparé malgré la nature, je veux dire la réunion du pouvoir et de l'autorité dans la personne de Pépin, et celle du pouvoir et de la puissance dans la personne de Hugues Gapet *.

' La seule prérogative que les plébéiens à Rome laissèrent aux patriciens, fut de nommer l'entre-roi {ihterrex), magistrat qui tenait la place Ides consuls

L'introduction exclusive des deux premiers ordres dan& ces assemblées ne fut donc pas une usurpation, mais une né- '.cessité.

Il est vrai qu'on voit sous les premières races, comme dans les forêts de la Germanie, des assemblées générales de la nation entière, concurremment avec les assemblées des grands et des professions propriétaires; et cela même est une preuve sans réplique que celles-ci étaient dans la nature de la société. La nature se dégageait peu à peu d'un reste d'imperfection; ce qui avait convenu aux petites sociétés Germaines ne pouvait convenir à la grande société des Francs, et ce que les gens superGciels regardent comme un changement dans la constitution, n'en était que le développement nécessaire. On ne voit pas plus la 6n de ces assemblées générales qu'on n'en a vu l'origine : c'est la nature qui les fait naître, qui les fait cesser au moment qu'il convient ; et l'on ne peut apercevoir les époques de son travail, parce qu'elle ne se repose jamais.

On verra tout à l'heure que ces assemblées de professions propriétaires prirent une nouvelle forme sousPhilippe-le-Bel, et ce changement n'entraîna aucun inconvénient, parce qu'il était dans la nature de la société; mais de nos jours tout a été perdu, lorsque l'homme a voulu y faire un changement dont la nature n'indiquait pas la nécessité, et réunir ce qu'elle avait séparé.

Rien de plus curieux et de plus instructif que le développement du gouvernement féodal, véritable constitution d'une société indépendante. « C'est un beau spectacle, dit Montes- » quieu, que celui des lois féodales. Un chêne antique s'élève, » l'œil en voit de loin les feuillages; il approche, il en voit la » lige ; mais il n'en aperçoit point les racines, il faut percer » la terre pour les trouver. »

dans les intervalles quelquefois longs des éleclions. Il était nommé ponr un temps très-c-ourt. Ce fait me paraît digne de remarque. Le dictateur, vrai monarque, n'était pas non plus nommé par le peuple.

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