‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 95 sur 300 · LIVRE m. 19i · texte numérisé non relu

LIVRE m. 19i

par la compassion même qu'ont inspirée ses malheurs; soit qu'elle se soit réunie, hors du royaume, à ses braves et malheureux chefs, lorsque le monarque, dans les fers, n'a pu l'appeler à sa défense; elle a, au dedans comme au dehors, rempli soil devoir et sa fin, la conservation de la société. Si la pureté de ses motifs a été calomniée par la fureur de parti, et ses efforts traversés par de misérables intrigues; si des indiscrétions de conduite, que l'âge et le malheur rendent excusables, ont été exagérées par la haine, et les vertus héroïques du plus grand nombre méconnues par la jalousie, qu'elle s'en console; elle n'a dû se proposer que son devoir et sa gloire.

Infelix lUcumque ferent ca facta, minores

Vincet amor Patriœ, laudumque immensa cupido.

[NiKG.Enéid,\\M%,)

Cicéron rendait compte à Aulus Torquatus des motifs qui lavaient engagé à quitter l'Italie, pour aller se réunir à la no- ]>lesse Romaine auprès du grand Pompée. « Ce n'est pas, dif n ce vertueux Romain, dans le dessein de mettre à proiit la » victoire, que j'ai abandonné ma patrie, mes enfants et mes » biens; mais dans la persuasion que je remplissais un devoir » juste, sacré, indispensable, que la profession honorable (jue )) j'exerçais m'imposait envers l'Etat \ » Mais, si la nature a établi un pouvoir conservateur et deux professions conservatrices de la société, pourquoi voit-on des révolutions qui la détruisent ? l*" Les révolutions sont les maladies du corps politique; et dans le corps politique comme dans le corps humain, la nature lasse de parler à qui ne veut pas entendre, se débarasse, par des crises violentes, des lois défectueuses qui s'opposent au développement de la constitution.

' Nec enim nos arbitrer, victoriœ prsemiis ductos, patriam olim, et libères cl Ibrlunas reliquisse; sed quoddam nobis oflîcium justum, et pium, et debilum reipublica?, nostisque dignifaîi, viJebamur scqui. Cic. Kpist. A. Tor-

qiiatO, I. VI. 1.

OU des mauvaises humeurs qui, dans le corps humain, dérangent l'équilibre nécessaire à la perfection de la santé; 2° la révolution de France a une cause qui ri a jamais existé dans aucune société, et qui seule en explique la promptitude et la violence : elle est venue du pouvoir conservateur lui-même, qui, égaré par des suggestions perfldes, et séduit par la bonté de son cœur, a cru des changements nécessaires; or des changements faits par les hommes dans une société constituée, sans que la nature en ait indiqué la nécessité, sont des révolutions. Dès que, par un changement que la nature n'avait pas demandé, les trois ordres de TÈtat ont été réunis en une seule assemblée, la révolution a été consommée.

Je finirai par des faits; et ils sont décisifs, à les considérer en général, comme Ton doit considérer toutes les vérités sociales.

1° L'esprit de l'institution de la distinction héréditaire de la profession des armes, ou de la noblesse, je veux dire le motif d'assurer la liberté et la défense de tous, par la dépendance et même le sacrifice de quelques-uns, subsiste encore dans toute sa force; car là où la noblesse est militaire par préjugé, le peuple est guerrier par inclination; c'est-à-dire que l'administration n'a point de contrainte à exercer là où l'opinion exerce la sienne.

2^ Même dans les États monarchiques, où la conscription militaire a lieu, on ne peut pas dire que le service personnel soit forcé, comme il l'était dans les républiques anciennes; car, outre les nombreuses exceptions qu'il y a à 'celle loi, tout individu presque partout peut s'y soustraire, ou même se retirer du service, en devenant chef de famille, c'est-à-dire, en obéissant à la destination naturelle de l homme : or, on n'est proprement forcé de faire une chose, que lorsqu'on ne peut s'y soustraire par aucun moyen, ou que par des moyens dangereux et contraires aux lois naturelles, religieuses ou civiles, c'est-à-dire, à la nature de l'homme social ou à ses devoirs.

On m'objectera peut-être les milices de France,

Page 1