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dant dans une certaine proportion avec la population totale. A ce sujet, je dois remarquer que le gouvernement de France n'avait pas fait assez d'attention à l'extrême diminution de la noblesse, depuis le règne de Louis XIV. Cette circonstance seule en indiquait la cause ; elle était dans le goût du célibat qu'inspire le philosophisme et que nécessite le luxe, dans la réunion des fortunes qui est la suite nécessaire de la rareté des mariages; elle était encore dans l'abolition inconstitutionnelle de quelques privilèges dont il fallait seulement prévenir l'extension et l'abus; et puisque la vanité et Tintérêt sont deux mobiles puissants sur le cœur de l'homme, il fallait les conserver tous les deux et les diriger vers un but utile à la société, celui d'empêcher l'extinction de la noblesse. Je traiterai peut-être ailleurs cette matière avec plus d'étendue; mais je ne suis pas éloigné dépenser que les lois somptuaires peuvent être appliquées à la noblesse, comme elles le sont au clergé ; que la noblesse doit être pauvre sans indigence, comme elle doit être fière sans orgueil; qu'elle ne doit avoir que le luxe de sa profession, et point celui de la vanité; que sa force réelle est dans la considération dont elle jouit, sa considération dans ses vertus, et sa dignité dans sa modestie.
Le gouvernement ne doit ni la dépouiller ni l'enrichir. Ainsi il choquerait également la constitution, s'il dépouillait la noblesse par des taxes sur ses biens privilégiés, c'est-à-dire, sur les terres de la profession, et s'il enrichissait quelques nobles par des profusions. Les terres nobles doivent avoir des privilèges comme les personnes. [Esprit des lois.)
3° La noblesse préserve la société de la conquête, par son action. L'accroissement nécessaire de la société, les progrès nécessaires de l'art militaire, et l'état accidentel des sociétés voisines ont nécessité l'établissement d'une autre force publique, qu'on peut appeler force publique offensive et accidentelle. La noblesse s'y est incorporée; et soit qu'elle forme seule des corps distincts, nécessaires dans un gouvernement monarchique, soit qu'elle soit répandue dans les divers corps de
l'armée, elle y porte l'esprit de son institution, lesprit de fidélité au pouvoir de l'État qui a disparu avec elle, et l'esprit d'honneur ou de courage qui lui a survécu, mais qui ne survivrait pas à la monarchie; cet esprit d'honneur, qui, dans les combats, des soldats français a fait des héros, et qu'il ne faut pas confondre avec ce fanatisme démocratique, qui quelquefois, après le combat, en a fait des assassins.
La noblesse s'acquitte donc, sous tous les rapports, de la fonction de défendre la société; je dis plus : il n'y a pour la société de véritable force défensive sociale, intérieure et extérieure, que dans les deux professions distinguées, parce que c'est dans ces deux professions seules que la nature et la constitution l'ont placée. Ce n'est ni un éloge que j'en fais, ni un mérite que je leur attribue; c'est une destination nécessaire ti indépendante des dispositions personnelles de leurs membres. Écoutez Montesquieu : « On a vu la maison d'Autriche tra- » vailler, sans relâche, à opprimer la noblesse Hongroise ; elle » ignorait de quel prix elle lui serait quelque jour. Elle » cherchait chez ces peuples de l'argent qui n'y était pas; » elle ne voyait pas les hommes qui y étaient. Lorsque tant » de princes partageaient entre eux ses Étals, toutes les pièces » de sa monarchie, immobiles et sans action, tombaient, pour )) ainsi dire, les unes sur les autres. Il n'y avait de vie que » dans cette noblesse, qui s'indigna, oublia tout pour com- » battre, et crut qu'il était de sa gloire de périr et de par- » donner. La noblesse anglaise s'ensevelit, avec Charles I", » sous les débris du trône; et avant cela, lorsque Philippe II » fit entendre aux oreilles des Français le mot de liberté, la » couronne fut toujours soutenue par la noblesse. »
Dans les circonstances où se trouve la France, la noblesse a donc obéi à la loi impérieuse de son institution ; et si elle devait à la société les charges de ses fiefs, qu'on me permette l'expression, elle en a bien acquitté les arrérages; et soit que, restée dans le royaume, elle y ait conservé le feu sacré de la lidélilé à la religion et au pouvoir de l'Élat par son exemple et