‹ Œuvres de M. et Mme Favart; leur vieChapitre 14 sur 88 · NICETTE, ALAIN · texte numérisé non relu

NICETTE, ALAIN

ALAIN

Vous voilà donc? Bonjour, Nicette.

NICETTE

Bonjour, Alain.

ALAIN, rit niaisement.

Hé, hé, hé, hé.

NICETTE

Qu'avez-vous à rire ?

r>8 FA V AH T.

ALAIN

Hé, hé, j'en ai envie toutes les fois que je vous rencontre.

Est-ce que j'ai la mine risible ?

Air : Pliilis en cherchant son amant.

Tout chacun se moque de moi.

ALAIN

Ce n'est pas pour ça, jarnigiioi!

Dam', tenez, je ne sais pourquoi, Je ris d'aise, à ce que je croi, Quand je vous voi.

Est-ce qu'ous n'êtes pas itou bian aise de me voir, vous ?

NICETTR.

Oui, Alain.

ALAIN

Stapendant vous avez l'air triste.

NICETTE

C'est que je suis fâchée.

ALAIN

Am : Tu n'as pas ce qu'il me faudrait. Eh bien ! qu'est-ce qui vous chagreine?

NICETTE

Ah ! je n'ai point d'esprit, Alain.

ALAIN

Quoi! c'est ça qui vous met en peine?

Non plus que vous, je n'en ai brin ; Je n'en eus jamais, et j'ignore .\ quoi l'esprit me sarvirait.

Je puis sans ça bian vivre encore.

Oh I moi, je sens qu'il m'en l'audrait.

LA CUERCIIEUSE D'ESPRIT. 5tt

AiB : Ton hinieur est, Cathereine.

C'est, dit-on, chose fort belle; Aux filles ça sart biaucoup.

ALAIM.

Où cette drogue croît-elle?

NICETTE

Ça se trouve tout d'un coup.

ALAIN

Là-dessus, je veux m'instruire.

NICETTE

Un pareil désir me tient.

Tout ce que je puis vous dire, C'est que ça vient, quand ça vient.

Sans ma cousine, TÉveillé m'aurait peut-ôtre donné de l'esprit.

ALAIN

Je sis fâché de n'en point avoir, je vous en ferais présent.

NICETTE

Je ne sais; j'aimerais mieux vous avoir c'tobligation-là ([u'à d'autres.

ALAIN

Je ne demanderais qu'à vous faire plaisir.

NICETTE

Je voudrais bien vous faire plaisir aussi.

Je ne sais pas comment ça se fait : vous me revenez mieux que toutes les filles du village.

NICETTE

Et vous, vous me plaisez mieux que Robin, mon mouton *.

* Ce dialogue est très-bien conçu dans sa naïveté: Robin, mon mouton, marque tout au juste où en est encore Nicette. Quelques scènes

«0 FAVAirr.

ALAIN

Tatigué ! sans savoir c'en que c'est que l'esprit, vous me donnez envie d'en avoir.

NICETTE

Am : Dans notre village chacun vit content.

Cherchons-en ensemble :

Quand nous en aurons, Nous partagerons.

ALAIN

Vous avez raison, ce me semble ; J'en trouvarrons mieux, Quand nous serons deux *.

NFCETTE.

Si j'en trouve, par hasard, en mon particulier, je vous en ferai part aussitôt.

Ain: Une vielle d'argent, lirclte.

Tout à la bonne franquette t^p partagera.

ALAIN

La part sera bientôt f.iite :

Dès qu'il m'en viendra, Tout sera pour vous, Niceltc.

Tout pour vous sera ".

Je n'en veux avoir que pour vous.

après, elle a déjà bien fait du chemin, pas trop ni trop vite; mais, dans cette même scène, le naïf dévie, t plaisant. (La H.)

' L'innocence est toujours dans les personnages, et la malice pour les spectateur?. On rit ; et ni l'un ni l'autre ne savent pourquoi l'on rit. C'est le comique d'Agnès, sauf la disproportion des genres, qui est la même que celle des deux auteurs; mais, en petit comme en grand, la vérité a toujours son prix. (La H.)

'* C'est le sentiment dans sa simplicité; et le spectateur, qii l'interprète à sa manière, peut rire sans qu'il y ait de la faute d'Alain. (La H.)

LA CIIEUCIIEUSE D'ESPUIT. (il

NICETTE

C'est bian honnête, mais il faut que ça soit en commun . Allons en chercher au plus tôt.

ALAIN

Par où faut-il aller ?

MCETTE.

Je n'en sais rien.

ALAIN

Attendez...

Air : Un jour le bon père Abraham Prêrhait avec instance.

On trouve de tout à Paris.

On en vend là, sans doute ; Ne vous embarrassez du prix,

J'en aurons, quoi qu'il coûte.

Ensemble, allons-y de ce pas.

Kh! que sait-on? Peut-être, hélas!

J'en trouvarrons en route.

NICETTE

Partons ! c'est bien dit.

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