‹ Œuvres de M. et Mme Favart; leur vieChapitre 15 sur 88 · MADAME MADRÉ, NICETTE, ALAIN · texte numérisé non relu

MADAME MADRÉ, NICETTE, ALAIN

MADAME MADRÉ

Air : Je n'iui, je n'iui donne pas; Mais je lui laisse prendre.

Alain, où voulez-vous aller?

Avec celte innocente?

Demeurez, je dois vous parier.

(A Nieetle.)

Et vous, impertinente, Pourquoi lui donnez-vous le bras,

D'un petit air si tendre?

JNICETTE.

Je n'iui, je n'Iui donne pas ; Mais je lui laisse prendre.

MADAME MADRÉ

Aifi : N'oubliez pas votre houletle, Lisette.

Ne les laissons point seuls ensemble, Je tremble Qu'ils n'y prennent plaisir.

Pouvez-vous delà sorte agir, Sans rougir, petite pécore?

^ MCETTE.

Excusez-moi, maman, j'ignore Encore Lorsque l'on doit rougir*.

MADAME MADRÉ

Alioz, petite fille, allez mettre un ficliii.

NICETTE

Je n'ai pas froid , ma mère **

MADAME MADRÉ

Allez, vous dis-je; et que je ne sache pas que vous parliez davantage avec Alain, entendez-vous? Que je ne sache pas ça

NICETTE

Non, ma mère.

(Elle sort en regardant Alain ft plusieurs reprises; Alain la regarde aller.l

' Réponse charmante, parfaitement en harmonie avec le caractère du personnage. Il y a bien peu de rôles au théâtre mieux faits que celui de Nicette. Favart, à qui l'on peut souvent reprocher de l'afféterie dans le style, ne s'écarte jamais, dans sa Chercheuse d'esprit, du naturel et de la simplicité qui conviennent ù un pareil ouvrage.

*" Que d'innocence dans cette réponse ! De pareils traits sont le sublime du genre.

Page 1