‹ Œuvres de M. et Mme Favart; leur vieChapitre 16 sur 88 · SCÈNE XL MADAME MADRÉ, ALAIN · texte numérisé non relu

SCÈNE XL MADAME MADRÉ, ALAIN

MADAME MADRK.

A quoi vous amusez-vous, Alain, avec une morveuse'? Vous ne dites mot. Un garçon d'esprit répondrait quelque chose.

ALAIM, d'un ton ihagrin.

Oh ! je n'ai pas d'esprit, moi,

MADAME MADRÉ

Eh bien ! je vous en ferai avoir.

ALAIN, d'un air joyeux.

Tout de bon ?

MADAME MADRÉ

Oui.

ALAIN

Oh, oh ! tant mieux. Que je vous serai bien obligé î

Air : Je ne sais pas écrire.

(^Vaudeville de< Billitb Doux.)

JaiHais mon pure ne m'apprit Comme il faut avoir de l'esprit.

MADAME MADRÉ

J'en ferai mon afl'aire.

Je vous instruirai dès ce jour.

L'esprit vient en faisant l'anioui'.

ALAIN

Je ne sais pas le faire.

MADAME UADHÉ.

C'est encore ce que je veux vous montrer. L'esprit ne se façonne que par le commerce du beau sexe.

ALAIN

Montrez, montrez-moi ça

(ii lAVAllT.

MADAME MADKl^.

Faut, premièrement, que vous clioisissiez une amoureuse.

AL\IiN.

(Ju 'est-ce que c'est que ça une amoureuse?

MADAME MADRÉ

Air : On u'itiiiie point dans nos forêts. Une belle qu'on aime bien ; Supposons que ce soit nioi-mènic.

ALAIN, d'un air riant.

Oh ! tenez, ne supposons rien :

C'est déjà fait.

MADAME MADRÉ, A iKUt.

C'est moi qu'il aime.

jVLAIN.

Je viens de choisir à l'instant.

MADAME MADRÉ, à part.

Ah ! qu'il me rend le cœur content !

C'est cet aveu que je demandais.

Eh bien ! c'tamoureuse, comme vous dites?

MADAME MADRÉ

Ail! : (Jue je regrette mon amant!

Il Tant l'aborder joliment,

Et, d'une manière galante,

On lui fait un doux compliment.

ALAK>.

Fort bien.

MADAME MADRÉ

Après on lui présente,

D'un air coquet,

Un bouquet

De muguet,

Ou d'œillel.

LA CllEUCUElSL D'ESl'lllT. 05

Qu'on lui met A son corset.

ALAm.

Allez, iiilez, cela vaut fait.

Mais ([n'est-cc (jne c'est que faire un compliment .'

MADAME MADRÉ

Par exemple, c'est recomparer sa belle aux fleurs, au beau jour ; enfin, à ce qu'on trouve de plus agréable.

ALAIK.

lion : revenons à ct'amoureuse.

MADAME MADP.é.

Air : (Juaiul la bergi-re vient des cliaiups Tout dandinant.

Ensuite on lui baise la main,

U'un air badin,

Mon cher Alain ; Quelquefois même plus malin,

Zeste, on l'embrasse,

Avec audace.

ALAIN

Le tour est lin.

Et l'esprit?

MADAME MADRÉ

L'esprit alors commence à venir. (En lui donnant son bouquet.) Eprouvons si vous avez bien retenu tout ce que je vous ai dit : voilà mon bouquet.

ALAIN prend le bouquet et le met à son côte.

Donnez.

MADAME MADRÉ

Ain : Est-ce que ça se demande.

Il n'entend pas.

ALAIN

J'entends fort bien Toute lu nianij^ance.

t)() FA V Ain.

MADAME MADRÉ Oui, mais voyez s'il en fait rien !

ALAIN

Baillez-vous patience.

MADAME MADRÉ

Répétez donc Votre leçon.

ALAIN

Oh ! ce n'est pas la peine, Alain tantôt Sera moins sot ; De ça soyez çartaine *.

MADAME MADRÉ, à pail.

On lui a dit apparemment que je dois l'épouser. (A viain.) Vous savez donc...

ALAIN

Hé, oui, oui, je savons... sufiit.

MADAME MADRÉ

A propos, vous êtes de la noce de Finette ; je vous choisis pour mon meneur, et je vais acheter des rubans pour vous, comme ça se pratique.

ALAIN

Bon bon. (à pan.) Je donnerai tout ça à Nicette.

MADAME MADRÉ

Suivez-moi.

ALAIN, bas, à Niccltc qui paraît.

Oh ! oh ! Attendez-moi là, mon amoureuse.

(11 sort avec madame Madré. 1

' Rien n'est plus plaisant que la silu:ilion de madame Madré, qui clierclie inutilement à se faire embrasser jiar Alain. Le spectateur rit en môme temps de la niaiserie de celui-ci, et du désappoinlenicnl de l'institutrice, surtout lorsqu'il rélléchit que la leçon ne tournera qu'au prolit de Nicette.

la' chercheuse D'ESPRIT. 67

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