‹ Œuvres de M. et Mme Favart; leur vieChapitre 31 sur 88 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

SOLIMAN, ELMIRE, OSMIN, plusieurs esclaves chargés de présents, qui se tiennent dans le fond du théâtre.

SOLIMAN, à Elniire.

Ah ! je sais ce que vous m'allez dire : Parlez, n'écoutez point la voix de mon amour. Je vous ai retenue un mois en ce séjour, Pour vous accoutumer à commander vous-même : Vous aviez comme moi l'autorité suprême. Loin d'imposer un joug à votre liberté, J'ai reconnu l'abus d'une loi tyrannique. Si les mortels ont droit au pouvoir despotique, 11 n'appartient qu'à la biaulé.

ELMIRE

Seigneur, votre âme généreuse

Me procure un plaisir bien doux :

C'est de vous estimer, c'est d'admirer en vous La bonté, la douceur ; et j'étais trop heureust\ Les v(rtus d'un sultan qui se fait adorer L'emportent sur les droits qu'il tient de la couronne ; Les sentiments que l'on sait inspirer

Rendent plus absolu que les ordres qu'on donne.

Et cependant Elmire m'abandonne!

El ce jour va nous séparer?

ELMIRE

Comment! déjà le mois expire?

Que dites- vous? Se pourrait-il, Elmire ?...

ELMIRE

Je puis différer mon départ.

S'il vous cause, seigneur, une douleur si vive ; Et, par égard, je dois...

Si ce n'est que l'égard, Partez ; de mon bonheur il faut que je me prive ; Le vôtre m'est plus cher, je dois le préférer. Si c'était par amour... Je cesse d'espérer...

Allez revoir votre patrie ;

Allez embrasser vos parents :

Vous devez en être chérie.

KLMIUE.

Souvent sur notre sort ils sont indifférents; Leur amitié s'affaiblit avec l'âge.

Vous avez eu pour moi des soins plus généreux, Et l'on appartient davantage A ceux qui nous rendent heureux.

Mon exemple doit être une régie pour eux ; Vous leur direz combien vous m'étiez chère ;

'Montrant k'S pivspnls quo portent les oscliivos.) Ils verront ces présents, tribut d'un cœur sincère,

ELMIBE.

Seigneur, je dois les refuser.

Qu^oi ! vous me feriez cet outrage 1 Quoi! vous m'humiliez jusqu'à les mépriser!

LFS TUOIS SULTANES. i>5

ELMIRE

Je n'emporte que voire image ;

Vos traits, si ce n'est par l'amour, Sont gravés dans mon cœur par la reconnaissance.

Je crois, en quittant ce séjour, Abandonner les lieux de ma naissance.

(Avec lin sonliment joué. i Adieu donc, Soliman.

SOLIMA.N.

Elmire... vous partez!

Klmire...

ELMIRE, à part.

Il s'attendrit, courage.

SOLIMAK.

Et ces présents ne sont point acceptés! Recevez-les du moins comme le gage De l'amour le plus pur, et du plus tendre hommage.

EL.MlfiE.

Non, je n'accepterais des dons si précieux; Que pour m'en parer à vos yeux.

SOLIMAW.

Eh bien ! ... vainement je désire, Vous êtes insensible aux peines que je sens.

EI.MIBE, avec un irouble affecié.

Mais...

SOLIMA>'.

Achevez... Eh bien!... parlirez-vous, Elmire?"

EtMIRE.

Seigneur... j'accepte vos présents,

SOLIMA>-.

Quoi ! mon bonheur...

ELMIRE

Oui, c'est trop me contraindre :

Qui peut dissimuler n'aime que faiblement. Tout le temps que l'on perd à feindre Est un larcin qu'on fait à son amant.

Oui, mon rœiir fut à vous dès le premier moment :

Si l'on m'a vu verser des larmes, La crainte de vous voir échapper à mes vœux

Excitait seule mes alarmes.

SOLIMAN, d'un ton qui doit moins marquer sa satisfaction que son

étonnemcnt de voir F.lraire céder sitôt. Ah ! je n'espérais pas être sitôt heureux ! (A part.) Osmin mo l'a bien dit.

ELMIRE, vivement.

Vous m'aimez, je vous aime ; Mon cœur se livre au plus ardent transport; Je vais conlremander moi-même Les apprêts d'un départ qui m'eût causé la mort. (A part.) Enfin, enfin, j'ai la victoire.

(Elle sort.)

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