‹ Œuvres de M. et Mme Favart; leur vieChapitre 32 sur 88 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

SOLIMAN, OSMIN

OS.MIN

Seigneur, je vous fais compliment :

Vous êtes, je le vois, dans un ravissement.. .

Non, je n'aurais jamais pu croire Qu'elle eût cédé si promptcment.

OSMIN

Comment! depuis un mois qu'elle est à se défendre!

Elle est, ma foi, l'unique, en pareil cas. Dont le cœur ait tardé si longtemps à se rendre.

S0LIM.\N.

Osmin, ne serait-elle pas Plus ambitieuse que tondre?

Je ne sais; mais je n'ai point reconnu

LES TROIS SULTANES. î>7

Ce Iroiihlc intéressant, ce désordre ingénu. Garants d'une llanime sincère.

OSMI>'.

C'est se forger une chimère.

J'aurais voulu jouir de ce tendre embarras

Q ne par degrés j'aurais fait naître ; Préparer mon bonheur, l'attendre, le connaître, Combattre des refus et vaincre pas à pas. Je suis aimé d'Elmire, et tout obstacle cesse; Ah! que son cœur encor ne s'esl-il déguisé! Ou véritable, ou feinte, à présent sa tendresse

Ne m'offre qu'un triomphe aisé.

Qui n'a rien de piquant pour ma délicatesse.

os.MI^'.

Nous y voilà. Peut-on vous résister longtemps? Pour un monarque est-il des cœurs rebelles? Dans ce pays surtout, il n'est point de cruelles :

On connaît le prix des instants.

Je vous l'ai déjà dit, toutes femmes sont femmes ; Croyons-en Mahomet, notre législateur ; La nature prudente imprime dans leurs âmes

La complaisance, la douceur.

F.h! pourquoi voulons-nous, injustes que nous sommes, Exiger des efforts qui passent leur pouvoir ? Tous ces êtres créés pour le bonheur des hommes. Sont tendres par état et faibles par devoir ;

Une résistance infinie Violerait les lois de l'harmonie, Détruirait les accords de la société:

Pour l'intérêt commun, tout est bien ajusté",

* Il est clair que Favart a mis ici dans la bouche d'un eunuque du sérail les maximes d'un roué de Paris au siècle de Louis XV. Le personnage oublie même qu'il est Turc; et, certes, ce n'est pas de ce ton que parierait le conscrvaleur des plaisirs du Grand Scisncur. Bien que les

Autant vaut Elmire qu'une autre:

Céder est son destin, triompher est le vôtre.

Mon cœur se rend d ses attraits ;

Mais quoi! ne verrai-je jamais

Que de ces femmes complaisantes,

De ces machines caressantes?

•le dois me préparer encore à des langueurs,

A des louanges, des fadeurs,

Des ennuis où l'ànie succombe.

x\h! si tu vois que je retombe Dans cet état cruel où l'amour s'assoupit, ISp m'abandonne pas à moi-même.

OSMIN

11 suffit.

Mon art vous sera favorable; Des danses, des chansons, les plaisirs de la table. Pourront, dans ces moments, égayer votre esprit.

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