‹ Œuvres de M. et Mme Favart; leur vieChapitre 43 sur 88 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

S0LI3IÂN, ROXELANE.

Roxelane.

ROXELAK-E, tranquilleiuent.

Fi donc ! mais cela n'est pas beau.

Comment! comment! Devant des femmes...

Vous qui faites la cour aux dames 1 En vérité. . .

Tout cela m'est nouveau .

(A Roxelane.) Quelle est folle ! Écoutez, Roxelane.

ROXELANE

J'écoule.

En France, l'on agit sans doute Aussi légèrement?

ROXELAHE.

A peu prés.

Par bouté Je veux bien excuser votre viva cité A l'avenir soyez plus circonspecte.

J'oublie entièrement ce que vous m'avez dit.

EOXELAKE.

Vous l'oubliez? Tant pis!

Il faut qu'on me respecte.

H4 FAVAirr.

liOXELANE.

Tant pis encor 1

Comment !

ROXELANE

Sans contredit :

Vous y perdrez, vous y perdrez, vous dis-je. Eh! comment voulez- vous, monsieur, qu'on vous corrige?

Me corriger ! De quoi donc, s'il vous plaît?

ROXELANE

De quoi? de quoi? Ces sultans me font rire : ils pensent que sur eux nous n'avons rien à dire. Je prends à vous quelque intérêt ; Croyez-moi, bannissons la gêne.

L'amitié me conduit; quand ce serait la haine, Vous pourriez y gagner encor ; La haine est franche, elle vaut un trésor : Nous devons lui prêter l'oreille.

Un ami, par pitié, faiblement nous conseille ;

Notre ennemi connaît tous nos défauts ; D'une gloire usurpée il distingue le faux: L'amitié dort, la haine veille ; Consultez-la, vous qui voulez régner.

L'orgueil nous trompe; eh! faut-il l'épargner? Non...

SOLIMAN, à pari.

Cette femme est étonnante.

i,A Uoxclane fièicnicnt.) Brisons là.

ROXELA>E, lespectueusciiiciu.

Soit, ce serait vous fâcher.

Ce n'est pas mon dessein.

Soyez donc plus prudente.

BOXELA>E.

La franchise, il est vrai, doit vous effaroucher, Vos oreilles n'y sont pas faites.

Encor ! vous oubliez qui je suis, qui vous êtes.

ROXELANE

Qui vous êtes, et qui je suis?

Vous êtes Grand Seigneur, et moi je suis jolie : On peut aller de pair.

Oui, dans votre patrie.

ROXELANE

Ah' que n'y suis-je encor! quels dégoûts! quels ennuis ! Vous faites bien sentir quelle est la différence

De ce maudit pays au mien.

Point d'esclaves chez nous ; on ne respire en France

Que les plaisirs, la liberté, l'aisance. Tout citoyen est roi, sous un roi citoyen.

A ce que je puis voir, vous seriez enchantée Si vous pouviez vous séparer de moi.

ROXELANE

Assurément; je suis de bonne foi.

Mais, si par les plaisirs vous étiez arrêtée, Si l'on faisait votre bonheur ?

ROXELANE

En quoi?

Vous ne seriez donc point tentée De plaire à Soliman, d'obtenir sa faveur?

ROXELANE

Non.

Vous dites cela d'un cœur!...

noxET.ANE. wimm^ Je le dis comme je le pense. JMVPI^

Cependant j'ai quelque espérance...

ROXELAHE.

Détrompez-vous, c'est une erreur.

Vous ne me rendez pas justice; Quoi ! jamais?...

ROXELANE, iiiinaiidant.

Oh'... jamais!... Je ne jure de rien. Une fantaisie, un caprice Peut décider de tout.

Eh bien I J'attends tout du caprice et de la fantaisie. Vous soupez avec moi?

ROXELANE

Je n'en ai nulle envie.

Je pense que c'est un honneur.

Vous devriez...

ROXELANE

Je devrais ! Eh ! seigneur, Vous devriez plutôt vous-même vous défaire Des mots humiliants d'honneur et de devoir, Qui font sentir voire pouvoir, Sans vous donner le mérite de plaire.

Allons, je le veux bien.

ROXELANE

C'est agir sensément :

En ce cas, laissez-vous conduire ; Vous promettez, et je veux vous instruire. Çà, faisons un arrangement :

Un souper tire a conséquence.

Et vous n'êles pas mon amant :

Nous n'en sommes pas là. Pour faire connaissance, C'est moi qui vous donne à dîner.

Trés-Yolontiers. Osmin !

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