SOLIMAN, ROXELANE, ELMIRE, DÉLIA, OSMIN
SOUMAN, à pai't.
0 ciel! je vois Elmire.
(Bas, à noxelane.) J'ai cru vous trouver seule ; encore Délia !
HOXKLA]NE, lias, à Soliman.
Oui, ce sont les objets que votre cœur désire !
(Soliman salue.) (11 salue, plus Las.) Saluez donc... Plus bas... Fort bien. Vous y voilà.
(A Elmire et ù Délia.) Mesdanries, vous voyez un aimable convive, Un peu novice encor; mais il se formera. ELMIRE, à Hoxclane.
Cette saillie est un peu vive.
Roxelane, songez...
SOLIMAN, bas, à Elmire.
Laissez, laissez cela.
Elle m'amu«e.
r.OXELAîSE.
Allons, placez-vous là ; (A Elmire et à Délia.) Et vous à ses côtés. Je prendrai cette chaise, Car je fais les honneurs.
SOLTMAN, étonné devoir une talile servie à la française.
Quel est cet appareil ?
Mais je n'ai rien vu de pareil .
P.OXELA^E.
C'est un diiier à la française.
(Soliman s'assied dans un fauteuil, Elmire h droite, Délia à gauche, et Roxelane à côté de Délia, un peu sur le devant. Tous les officiers sont rangés autour de la tal)le.)
(L'éruyer tranchant s'avance pour couper les viandes avec un grand couteau (|ui ressemble à un sabre.)
Que veut cet eslafier?
SOUMAH.
C'est l'écuyer tranchant*.
ROXELA^E.
Les dames serviront : c'est l'usage à présent ;
La peine est un peu fatigante, Mais tout le monde y gagne : une main élégante, De ses doigts délicats agitant les ressorts,
Découvre cent jolis trésors, Et donne un goût exquis à ce qu'elle présente. (A Elmire, en lui préseataiit une volaille.) Coupez, Elmire.
Oui, l'usage est charmant.
(A l'écuyer tranchiinl.l Je te supprime.
(L'écuyer sort.) • ROXELAKE, à Délia.
Et vous, trés-agréablenient.
Vous verserez à boire à Sa Hautesse.
(A Osmin.) •
Donne le vin.
SOLIMAN, avec étonneraent.
Du vin ! OSMIS, avec un étonneraent plus marqué.
Du vin 1
ROXELASE.
Du vin.
C'est la source de l'allégresse ;
* L'écuyer tranchant n'exçrce son emploi que dans les cuisines. Les Turcs n'ont à table ni couteaux ni fourchettes; on leur sert Ifs viandes et même les fruits tout coupés en petits morceaux pour être pris avec les doigts. Comme Roxelane a commandé un dîner à la franc lisc, et que les pièces sont entières, l'écuyer tranchant se présente, croyant être nécessaire. Ce n'est point manquer à la contumc que d'introduire ici cet officier.
C'est l'àme du plaisir.
lOsmin va prendre , avec le bord de sa robe, le (lacon do vin, qu'il pose
sur la taille en détournant la vue.)
(AOsmin.)
Pourquoi donc te dédain ?
(A part.) (A Osmin.)
Commençons par l'esclave. Approche : pour ta peine , De ce flacon tu vas avoir l'étrenne .
(Roxelancrenipllt de vin un verre, et le présenle à Osniin.) Tiens.
OSMIN
Moi, goûter ce breuvage odieux !
BOXELANE, regardant Solima II.
Il me désobéit.
SOLIMAN, à Osniin.
Bois.
OSMIN
0 ciel ! je frissonne.
(A Soliman.) Seigneur, un musulman...
Eh! fais ce qu'on t'ordonne.
OSMlN prend le verre, lève les yeux au ciel, fait une grimace de répugnance, et dit avant de boire :
0 Mahomet ! ferme les yeux.
(A part, après avoir bu.) Bon ! bon !
Je ris d'Osmîn.
OS.MIN, tendant son verre.
Seigneur, je me résigne.
nOXELANE.
(AOsmin.) (A Délia.)
C'en est assez. Allons, charmante Délia, Versez à Soliman les trésors de la vigne. Donnez son verre, Elmire.
LES TROIS SULTANKS. lôô
ELMIRE tend le verre du sultan.
Le voilà.
(Délia verse.)
Dispensez-moi.
ROXELANE
J'entends; vos officiers sont là.
lEIle fait signe aux officiers et aux esclaves de se retirer. Tous sortrni, à l'exception d'Osniin.) (A Soliman.)
Eloignez-vous. J'approuve la décence.
ELMIRE
Mais sur ce point, dit-on, vous en manquez en France; Car devant vos valets, francs espions gagés, Vous parlez, agissez sans aucune prudence ; Pendant tout le service, autour de vous rangés, Us s'amusent tout bas de votre extravagance ; Vos travers, vos écarts, vos propos négligés. Etablissent les droits de leur impertinence.
SOLIMAS.
N'en sent-on pas la conséquence?
Dans le jour le plus pur il faut se faire voir,
Et le respect que l'on imprime Doit être un sentiment et non pas un devoir.
EOXEtARE.
Seigneur, vous gagnez mon estime; Mais on n'est pas toujours dans la sublimité : Entre nous, croyez-moi, soyons ce que nous sommes :
Pour qui serait la volupté
Si l'on en privait les grands hommes?
Cette imposante gravité,
Qui vous interdit la gaieté.
Eloigne cent plaisirs qu'un souverain ignore. Ah! malheureux qui n'a jamais goûté
Les plaisirs de l'égalité,
(Elle regarde Soliman d'un air coquet et agaçant. }
154 Ij^AVART.
Kl cpliii d'obéir, souvent plus doux encore! Allons, c'est à votre santé.
ELMIRE , au siillan.
Vous nous ferez raison.
Il faut vous satisfaire.
(Il boit avec ElniiiT, Roxolaiio et Délia. Osiiiiu saisit ce inoincnl pourbnirrnn caclictte ;"» niOme le llacnii.)
ROXELANE
Voilà le moyen de nous plaire.
(A Soliman, après qu'il a bu.)
N'est-il pas vrai que ce breuvage est doux ?
(A Délia.)
Délia, vous rêvez ! allons, animez-vous : Vous ne nous dites rien.
DÉLIA , d'un air réservé.
Moi, je n'ai rien à dire.