BOXE L AISE
Eh! qu'importe? parlez toujours :
Lorsque la gaieté nous inspire, Un rien fournit matière à cent jolis discours.
ELMIRE
Eh ! mais oui : si j'en crois ce que l'on nous raconte, La langue, en France, est toujours prompte ;
Le bon sens ennuyeux jamais ne la conduit,
Et, comme d'un volcan, la parole élancée Part sans attendre la |iensée ;
On parle toujours bien lorsque l'on fait du bruit.
ROXKf.ANE.
Mais oui ; dans les soupers qu'à Paris on se donne, Sur tout légèrement on discute, on raisonne,
Et l'on n'a jamais plus d'esprit
Que quand on ne sait ce qu'on dit.
Les Français sont charmants.
S0LlMA^, «l'un .lir complaisant pour Roxelane.
Et surtout les Françaises.
ROXELA^E, luoiiiraiu Elmire.
Et les Espagnoles aussi :
Convenez-en.
Sans doute.
BOXELA>E.
Allons, prenons nos aises, Que la liberté régne ici ;
(Montrant Elmire.) Au cher objet qui vous engage Sans vous gêner parlez de votre amour.
SOLIMAN, à pan.
Elle veut me piquer, je vais avoir mon tour...
(Haut, à Elmire.) Elmire assurément mérite mon hommage. Ses attraits...
ELMIRË.
Ah! seigneur, c'est un faible avantage; Rendez plutôt justice à ma sincère ardeur.
ROXELANE
Ah ! nous allons tomber dans la langueur ; Y pensez-vous de tenir ce langage'.' Vous le ferez redevenir sultan.
Ne nous gâtez point Soliman!
ELHIBE.
Sans contrainte, sans art, ma tendresse s'explique.
ROXELANE
Osmin, fais entrer la musique.
(Osmiu fait un signal ; tous les musiciens et musiciennes du sérail entrent cl se rangent dans le fond de la salle.) (A Délia.) Pendant ce bel entrelien-là.
Je vais chanter, aimable Délia.
(EUe chante et s'accompagne sur la harpe.)
0 vous que Mars rend invincible !
Voulez-vous être aU ransç des dieux :
UélenJez-vous, s'il est possible, D'être esclave de deux beaux yeux.
Vous triomphez par la victoire :
Mais tout l'éclat de votre gloire S'anéantit devant l'Amour, Et vous cédez à votre tour.
0 vous. etc.
SOLIMA>.
De plus eu plus je vous admire.
ROXELANE
Comment ! vous m'écoutiez ?
SOUMAN.
Avec ravissement.
OSMIN
Ah ! seigneur, que sa danse aurait sur vous d'empire ! Accordez à nos vœux ce spectacle charmant.
(lîoselaue danse.) SOLIMAN.
Je n'y tiens plus : mon cœur est dans l'ivresse. (A Roxclane, en lui donnant le mouchoir.) Acceptez...
ROXELANE prend Icmouchoir et Ic présente à Délia. Délia, recevez ce présent :
C'est sans doute à vous qu'il s'adresse ; C'est le prix de votre talent.
SOLIMAI», à part.
Quel mépris !
DÉLIA, s'inclinant devant le sultan.
Quel bonheur 1 ELMIRE, se laissant tomber sur le sofa. J'expire.
SOLIMAN, après un nioniont (le silence, arrache le mouchoir de la main
de Délia, et le porte a Elmire.
Elmire, il est a vous : oui, je déclare, Ehmre...
ELMIRE
Ah! je renais.
SOLIMAS, à Hoxelane.
Ole -toi de mes yeux; C'est trop souffrir. Ingrate, tu me braves ! Qu'elle soit mise au rang des plus viles esclaves.
(Roxelanc est emmenée par quatre eunuques noirs. Eu sortant, elle regarde
' Soliman avec une flerté uoble, qui marque la tranquillité de son âme. Délia
se relire confuse. Tous les personnages qui sont sur la scène disparaissent,
excepté Osmin, que Soliman retient, et Elmire, qui s'éloigne dans le fond du
théâtre.)