‹ Œuvres de M. et Mme Favart; leur vieChapitre 57 sur 88 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

SOLIMAN, ELMIRE, OSMIN

SOLIMAN voit Elmire, et se retourne du côté d'Osuiiu. Osmin !

ELMIRE, à Soliman.

Quel sombre accueil !

SOLIMAN, à Elmire.

Rassurez-vous ; vous triomphez, Elmire.

(AOsmin.) •

Un air altier, uû fier coup d'œil>

Dans le moment de sa disgrâce,

Annonçait encor son audace

As-tu remarqué cet orgueil?

(A Elinire.) J'ai conçu des désirs qui vous ont outragée. Elmire, pardonnez à Terreur d'un moment. Roxelane reçoit un juste châtiment.

Hélas ! vous êtes bien vengée 1

ELMIBE.

Non, je ne le suis pas, si je n'ai votre amour.

Ah ! vous le méritez : qu'en ce jour il éclate. Ce cœur est à vous sans retour; Oui. sans retour pour une ingrate.

ELMIHE

Pour une ingrate 1

SOLIMAK.

Elle n'est plus à moi :

C'est votre esclave, et je vous l'abandonne.

ELMIKE.

Vous me l'abandonnez ?

Oui, oui, je vous la donne.

Et ma parole est une loi.

ELMTRK.

Je l'accepte, il suffit.

OSMIN, à part.

Je ne sais plus, ma foi.

Qui je dois protéger : son caprice m'étonne.

Mérite-t-elle aucun égard?

ELMIRE

Non, puisqu'elle a pu vous déplaire.

Je ne veux point sur elle abaisser un regard ; Je ne pourrais jamais la voir qu'avec colère. Je veux...

SOLIMAN', l'interrompant avec une.vivacité qui fait apercevoir loin l'intérêt qu'il prend cnroro il Roxelane.

Que voulez-vous?

KLMinE.

Ordonner son départ :

Du sérail qu'elle soit bannie.

OSMIN

Je lui vais, de grand cœur, annoncer son congé.

SOLIMA^' , iiOsmiii.

Attends, attends; je serais peu vengé : Elle n'est pas assez punie.

Va la chercher.

ELMIRE, il Osniin.

Arrête, Osniin.

(A Soliman.)

Seigneur, quel est votre dessein?

Il faut qu'à ses yeux je répare Mon injustice et mes torts envers vous ;

Que devant elle je déclare Que nous sommes unis par les nœuds les plus doux.

Témoin du bonheur de ma vie.

Qu'elle sente le prix de ce qu'elle a perdu,

(Plus vivement.) De ce cœur qui l'aimait, et qui vous était dû. Excitons chaque jour ses regrets , son envie ;

Que, pour attiser son tourment,

La dévorante jalousie Cherche dans notre flamme un nouvel aliment.

ELMIBE.

Eh ! laissons Roxelane.

Il est vrai, je m'égare ; (Après un temps.) N'y pensons plus. Qu'elle compare Votre splendeur et cet abaissement

Où par sa faute elle se trouve.

Redoublons nos transports, et qu'ils soient remarqués : On est moins alTeclé des peines qu'on éprouve Que des biens que l'on a manques. (A Osniin.) Va la chercher...

(Osmiii veut sortir, Elmiro l'arrêtr.) ELMIRE.

Un moment.

SOLIMAN, d'un ton à être obéi.

Va ! te dis-je.

Osmin sort.i

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