‹ Œuvres de M. et Mme Favart; leur vieChapitre 71 sur 88 · A M. P., AUTEUR DES P · texte numérisé non relu

A M. P., AUTEUR DES P

Roquet était un petit chien.

Japant, hargneux, jaloux, un franc vaurien ; Il mordait tout le monde, il emportait la pièce. Quand on le poursuivait, il allait se nicher

Sous les jupons de sa maîtresse ;

On n'avait point la hardiesse

D'aller jusque-là le chercher.

11 était dans son fort, on respeclait la dame, Elle ne savait pas seulement qu'il lût là ;

Mais c'était le vec plus ultra

Pour les coups de canne ou de lame.

Un jour la dame s'en alla ; Roquet à déaiuvert, un gredin l'étrangla ;

Ah! justice que je réclame!

Oh ! combien de méchants qui n'ont que du caquet, S'ils se voyaient privés d'un appui rcspecl'ablc, Auraient un sort semblable A celui de Roquet !

COUPLETS A L' AUTEUR DE LA COMÉDIE DES PlllLO&Ol'HES.

Quelle est donc cotte comédie Qui fait aujourd'hui tant de bruit, Qui fronde l'Encyclopédie, Et drape tant de gens d'esprit?

L'auteur les produit sur la scène, Et les montre au doigt clairement ;

Rli, rlan, rli, rlan, •

Et rlantamplan il vous les mène, Rlantamplan, tambour battant.

Il prétend que tout philosophe Est un coquin, un scélérat; Que des sens de pareille étoffe Ne servent qu'à troubler l'État ; Que c'en est fait de la patrie, Si l'on en croit ces garnements,

Rli, rlan, etc., Et qu'il faut qu'on les répudie, • Rlantamplan, tambour battant.

Cidalise, femme estimée

Par son esprit, ses agréments.

Et qui, suivant la renommée,

Est pi-otectrice des talents ; Pour s'être déclarée amie Et des sages et des savants,

RIi, rlan, etc., Donne, dit-on, dans la folie, Rlantuniplan, tambour battant.

On y fait voir à quatre pattes Un misanthrope assez connu, Qui, des datons et des Socratcs, A tout l'esprit et la vertu ; Comme il traita l'homme de bête, On lui rétorque l'argument,

Rli,rlan, etc., En le menant d'un air honnête, Riantamplan, tambour battant.

0 Dieux ! dans quel siècle nous sonmies !

Un jeune auteur impunément

Ose railler les plus grands hommes,

Et les jouer publiquement.

En vérité rien n'est plus drôle.

Un nain attaque des géants,

Rli, rlan, etc., Et vous les mène à tour de rôle, Riantamplan^ tambour battant.

Ce beau censeur qui satyrisc Rousseau, dAlembert, Diderot, Esl-te un ministre de l'église, Un grave docteur, un dévot ?

Non, il est d'autant ridicule.

Que c'est un jeune homme imprudent,

Rli, rlan, etc..

Qui va lui-même sans scrupule, Riantamplan, tambour battant.

Mais de satyres quelle grêle

Vient l'écraser, il fait pitié ;

Au lion l'âne qui s'en mêle

Ose ruer son coup de pié. ^

Pauvre auteur c'élail bien la peiuc De Iriomplier pour uu niomenl.

Rli, rian, rli, rian, Vois comme à Ion tour on le mène, Hlinlamplan, tambour battant.

SCP. LF.S QUERELLES LITTÉRAIRES.

1760, 18 mai.

La comédie des Philosophes est toujours suivie ; il y a peu d'exemples d'une pareille affluence; mais ce concours prouve moins l'excellente bonté de la pièce que la dépravation du cœur humain. Un auteur satyrique est toujours sûr que le public secondera sa malignité ; plus les personnes que l'on attaque sont respectables, plus le succès est certain. Tout le monde convient que la liberté de penser a mené nos philosophes trop loin ; mais, disent leurs partisans, il faut leur répondre par des raisons prépondérantes plutôt que par des plaisanteries. Si leurs opinions sont contraires aux maximes du gouvernement, c'est aux magistrats à les reprendre; si elles intéressent la religion, c'est r-affaire des théologiens. Encore faut-il que les théologiens soient assez versés dans la physique pour ne point précipiter des jugements que les faits pourraient démentir. Les persécutions que Copernik et Galilée ont essuyées, les foudres du Vatican lancées par Urbain YIII, toutes les chaînes de l'inquisition et le cri universel des docteurs scolastiques, n'ont point empêché la terre de tourner, et vraisemblablement elle tournera jusqu'à la fin du monde, malgré le stn sot de Josué et le soleil, qui marche à pas de géant. L'idée que l'on avait des antipodes était traitée

d'hérésie. Christophe Colomb, Americ Vespuce, ont cependant d('coiivert des peuples qui nous sont perpendiculairement opposés. Aujourd'hui, l'on ne trouve plus rien de contraire à la foi dans leurs systèmes et leurs découvertes, parce qu'on sait que le sens littéral de l'Écriture n'était souvent qu'une modification pour se prêter à la faiblesse de nos lumières ; la lettre tue, l'esprit vivifie. On doit donc réfléchir plus d'une fois avant de chercher à rendre odieux des gens qui Consacrent leur vie à la recherche des vérités philosophiques. Une trop grande sévérité nous aurait privés du livre immortel de VEsprit des bïs et des savants Traités de M. Buffon. Faut-il anéantir d'excellents ouvrages parce que l'on y trouve des hypothèses hasardées?

Les métaux les plus précieux sont alliés, dans le sein de la terre, avec les poisons les plus subtils ; l'artiste habile les sépare, et sait se garantir en même temps des vapeurs dangereuses. L'esprit juste agit de même en littérature; mais tout le monde n'a pas cet esprit juste, ou ne veut pas l'avoir. Que l'abeille pompe le suc amer de l'absinthe , elle en composera son miel ; que l'araignée se nourrisse de la substance des roses, elle en fornira son venin, comme M. Palissot. Examinons l'intention de cet auteur. S'il prétend remédier à l'abus de la philosophie, il est louable; mais ce n'est point ce qu'on remarque dans son ouvrage, il aurait pris une route différente; il aurait généralisé sa critique pour la rendre plus utile ; ses traits, qui tombent d'aplomb sur les personnes qu'il veut désigner, ne sont évidemment lancés que pour servir ses animosités particulières dont on peut ignorer le principe, mais dont il est facile d'apercevoir la fin.

Tous les critiques s'accordent pour dire que. si M. Palissot, en évitant les personnalités, se fût contenté d'attaquer ce qu'il y a de dangereux pgur les mœurs dans les ouvrages des

194 F.iVART.

encyclopédistes, comme il a fait dans la scène de l'intérêt personnel, entre Valère et Frontin, et dans celle de Cidalise et Damis, il aurait produit un ouvrage estimable, que l'on pourrait mettre en parallèle avec les Femmes savantes et le Mécluini, qui ont été ses modèles; car on ne peut nier que M. Palissot n'ait le talent de rendre avec force tout ce qu'il veut exprimer; c'est la touche de Molière jointe au coloris de Gresset. Tels sont, monsieur, la plupart des discours qui se tiennent dans le public par les gens qui se piquent d'impartialité, je n'en suis simplement que l'écho ; il ne m'appartient pas de décider entre les j)hilosophes et leurs antagonistes. Tout ce que je puis assurer, c'est que les vices, la bassesse, le manège que l'on impute aux encyclopédistes, sont absolument contraires à la vérité. Je n'ai garde d'être défenseur de leurs paradoxes. Je respecte aveuglément tout ce qu'il faut respecter; mais je dois rendre témoignage que si nos Socrates modernes ont quelques principes erronés, leur conduite est exacte, et leurs mœurs sont pures.

Ce ([u'on a fait jusqu'à présent pour leur défense ne mérite pas d'être cité ; par conséquent , je ne ferai point l'analyse des Philosophes manques, petite pièce manquée, que l'on attribue à M. Bmnet. Je ne rapporterai que l'épigramme suivante, d'un auteur inconnu :.

Le Méchant plut, le Méchant plaît ; Gresset le fit, Palissot l'est.

11 y a cependant plusieurs personnes qui veulent justifier nos philosophes ; elles avancent, pour les disculper, que ceux qui ont écrit au sujet de l'intérêt personnel ont, malheureusement pour le genre humain, trop bien senti ce vice, le plus dangereux de tous pour, des êtres obligés de vivre en société ; que ce n'est pas la faute de ces obser-

valeurs si les hommes sont tels (ju ils les dépeignent ; qu'ils ne font qu'indiiiuer les ressorts qui font agir toutes les créatures anijnées, mais qu'ils n'en sont point les moteurs; qu'ils sont au contraire les premiers à gémir sur leurs faiblesses, et qu'ils font tous leurs efforts pour les corriger.

Les comédiens italiens continuent la Soirée des boulevards., qui leur attire du monde. Ils ont donné, dimanche 18. la première représentation de la Finiaïne de Jouvence, comédie en un acte, en vers, de M. de la Grange, auteur des Contre-Temps. Le sujet de la Fontaine de Jouvence n'est pas neuf; différents personnages épisodiqucs. rajeunis par la vertu des eaux de la fontaine de Jouvence, sont interrogés par Mercure sur l'emploi qu'ils vont faire des beaux jours qui leur sont rendus. Un vieux soldat, revenu dans sa première jeunesse, dit qu'il ne trouve rien de plus glorieux que de se consacrer au service de sa patrie, qu'il brûle du désir de rentrer dans la carrière des armes ; plusieurs traits de cette scène ont été applaudis avec justice. Une vieille, qui se trouve dans son printemps, demande à Mercure quels sont les moyens de faire fortune; elle se détermine à entrer à l'Opéra. Ensuite paraît un vieillard qui refuse de boire des eaux de la fontaine de Jouvence ; il déteste trop les vices des hommes, il a trop éprouvé les dégoûts de la vie pour chercher à la prolonger.

Les traits de morale dont cette scène est remplie sont assez bien rendus, mais d'une façon trop triste. Arlequin termine la pièce. La scène ne tient à rien.

Les quand, \essi, les pourquoi, deviennent une querelle des plus sérieuses. Vous avez vu, monseigneur, dans ces libelles, que M. de Voltaire reproche à M. Lefranc sa traduction de l'épître de Pope, qu'il taxe d'impiété, ses remontrances du parlement de Grenoble, qu'il traite de se-

196 FAVAUT.

diticusc'S, cl qu'il raccuse (ravoir varié dans sos principes par intérêt personnel. M. Lcfranc, piqué au vif de ses assertions, a fait un mémoire justificatif, actuellement sous piesse à Timprimerie royale; il va, dit-on, poursuivre cette affaire avec la plus grande chaleur; il ne se flatte pas moins que d'expulser son adversaire de l'Académie. On dit, à cette occasion, que si l'on rayait M. de Voltaire du nombre des quarante, ce serait ôter le chiffre, et qu'il ne resterait plus que le zéro. MM. Duclos, d'Alembert et beaucoup d'autres seraient sans doute compris dans la réforme, comme encyclopédistes. En ce cas, on prendrait des capucins pour recruter l'Académie française.

POlNSliNET. - VOLTAlllE. - FRÉUON.

1760, 24 juin.

Ce mois-ci n'a pas été fertile en nouveauti's. On répète à la Comédie-Italienne les Pelils philosophes, comédie en un acte mêlée de divertissements : c'est une suite de l'acharnement contre nos philosophes modernes. Cette pièce n'est point de M. Poinsinet de Sivri, auteur de Briseïs et d'une traduction d'Anacréon, mais de Poinsinet le jeune, autrement dit le Mystifié. C'est de lui qu'il est fait mention dans les Visio7}s de Palissot. Voici ce qui lui a mérité ce digne sobriquet.

Poinsinet le jeune, quoique garçon d'esprit, avait une confiance si aveugle en Palissot, que celui-ci lui faisait accroire les absurdités les plus ridicules, et le rendait perpétuellement le jouet de toutes les sociétés qu'il fréquentait. Un jour, Palissot lui fit voir une lettre supposée d'un

COIUIÉSPONDANCE. -197

souverain (rAUemagnc portant commission de chercher en France un jeune homme, versé dans la littérature, qui voulût bien se charger de l'éducation du prince héréditaire. Poinsinetpria son ami de lui ménager cette place ; Palissot lui promit d'écrire en sa faveur. Quelque temps après, il feignit d'avoir reçu la réponse désirée. « Il dépend de toi , lui dit-il, d'être le gouverneur du jeune prince ; il y a cependant un obstacle. — Un obstacle ! Quel est-il? — C'est que le prince est luthérien, et qu'il faut être de sa religion. — Qu'à cela ne tienne, répond Poinsinet, je me fais Turc, Juif, Bramin s'il le faut. » Sur cette assurance, on prend jour pour lui faire faire abjuration, et il signe. de\ant témoins, une profession de foi telle qu'il avait plu de l'imaginer.

Cela passait la plaisanterie : on fit sentir à Poinsinet les conséquences d'une pareille action ; on lui dit même qu'il y avait des ordres pour l'arrêter comme renégat. C'était un nouveau persiflage de ses bons amis : par leur conseil, il se travestit en femme, ainsi que Pourceaugnac, et s'enferme dans une cave, où il ne se croit pas encore en sûreté. On lui persuade qu'un certain philosophe cabalistique possède le secret de rendre invisible : il veut en faire l'épreuve : l'adepte prétendu lui frotte le visage d'une pommade jaune, et le conduit chez Landel, fameux traiteur, chez lequel on s'était assemblé pour souper. Il entre comme on était à table; on ne fait pas semblant de l'apercevoir. On parle de lui comme s'il était absent, c'est-à-dire qu'on ne ménage ni ses mœurs ni son esprit. On ne se contente [loint de mettre son amour-propre à la torture : tantôt on lui jette un verre de vin par le nez, tantôt une assiette dans les jambes. A toutes ces gentillesses, il disait en luimême : « Bon, bon, je suis invisible! » Encouragé par celte expérience, il prend la résolution de voler son père en sa

présenco môme. Il s'introduit dans son cabinet en marchant sur la pointe du pied, parce qu'on lui avait dit c|ue, s'il posait le talon à terre, le charme cesserait. Le [>ère, qui était alors occupé, ne s'aperçut pas que son fils était entré ; mais, en tournant la tête, il le vit comme il prenait de l'argent dans son secrétaire. Le bonhomme n'était point au fait de la mystification, aussi donna-t-il une trentaine de coups de fouet à son drôle, qui les souffrit patiemment en s' écriant seulement par intervalles : « Je sens bien ([ue j'ai tort, sûrement j'ai posé le talon. » Une autre fois, on lui dit qu'un certain homme l'avait insulté, qu'il fallait en tirer vengeance ou qu'il serait honteusement chassé de la société. On l'enivra pour lui donner du courage ; et, quand il fut déterminé à se battre, on lui opposa une figun; de paille, qu'il perça d'un grand coup d'épée. Il crut avoir tué son homme; nouvelles alarmes : il se tint encore caché jusqu'à ce qu'on vînt lui annoncer sa grâce.

Je ne parle point d'une carpe du Pont-Royal qui lui annonça ses hautes destinées ni d'une infinité d'autres niaiseries auxquelles il ajoutait foi ; ce qu'on ne croirait jamais, si le fait n'était attesté par nombre de témoins et par lui-même. La superstition, rimpi('té, l'assassinat et la friponnerie, voilà les impressions que Ton donnait à cette âme faible, et tels étaient les amusements de Palissot et de sa coterie.

L'Académie de musique a remis l'acte de P.sychc avec le plus grand succès. L'auteur de ce poëme charmant est un honuuc illustre dans la république des lettres, qui a la modestie de ne vouloir pas être nommé. M. Demondonville en reçoit les honneurs; il fautconvenir que sa musique ajoute beaucoup aux agréments de cet opéra, et lui donne une espèce de droit sur les paroles ; par son expression forte et touchante, mademoiselle Arnoult en fait aussi les délices,

Cette actrice séduisante ferait oublier mademoiselle Le Maure si la force des organes répondait à la vérité du jeu. L'acte de l's/jclié est précédé de celui A'Eçjlé. de M. Laujon, secrétaire des commandements de M. le comte de Clermont. et d'un prologue du marquis de la Rivière.

M. de Sainte-Foix vient d'intenter juridiquement un procè.' à l'auteur du Journal chrétien, sur ce qu'il lui a reproché d'avoir fait de fausses citations contre les moines dans les Essais sur Paris. Sainte-Foix demande réparation d'honneur. Il appuie ses citations sur nombre d'autorités et de faits historiques. Ce procès, qui produira sans doute des dissertations curieuses, enrichira les causes célèbres de Gazot de Pilaval. On espère que ce nouveau combat littéraire fera diversion à la guerre des philosophes, etcpie l'on s'occupera plus \itilement de cette matière intéressante que de nos petites querelles du Parnasse qui déshonorent également les deux partis. Le (lambeau de la critique ne doit point brûler, mais éclairer.

M. de Vol taire nous a donné une nouvelle satyre intitulée le Russe à Paris. Elle est mieux versifiée que le Pauvre diable. Il semble que l'auteur y respire encore le feu ardent de sa jeunesse. J'ai l'honneur de vous envoyer cette pièce manuscrite. J'attends de Genève un exemplaire du Pauvre diable imprimé dans cette ville. On n'en a à Paris que des copies imparfaites.

Les comédiens français donnèrent hier la première représentation de V Ecossaise. Jamais ouvrage de Voltaire n'a été reçu avec autant d'acclamations. Chaque mot était applaudi des pieds et des mains, surtout les traits que l'on pouvait appliquer à Fréron. Palissot était en grande loge avec un air radieux qui s'obscurcissait à mesure que le succès augmentait : Desinit in luclum species formosa supeime. Madame Fréron, qui se montrait au premier rang

(lo ramphithéàtre pour excitor, par sa jolie figiiro, los partisans de son mari contre la pièce, pensa s'évanouir. Une personne de ma connaissance était auprès d'elle, et lui disait : « Ne vous troublez point, madame, le personnage de Wasp (c'est le nom que l'on a substitué à celui de Fréron) ne ressemble en aucune façon à votre mari. M. Fréron n'est ni calomniateur ni délateur. — Ah ! monsieur, répondit-elle ingénument, on a beau dire, on le reconnaîtra toujours. » Le mot de Fréron est le seul changement que l'on ait fait dans la pièce.

Le même jour, le sieur Cailleau débuta au Théâtre-Italien par le rôle de Richard dans les Amours champêtres, et celui de Colas dans N'weltc à la cour. Il fut très-applaudi. Cet acteur a moins de finesse dans le jeu que Chanville, mais la voix beaucoup plus belle.

L'Opéra-Comique a donné, le 25 de ce mois, les Précautions inutiles, pièce en un acte, avec des ariettes. Les paroles sont d'Âccard, valet de chambre de M. le comte de Saint-Florentin, et la musique, de Chrétien, musicien de la chapelle du roi. Chrétien vient de mourir avant sa pièce, qui vraisemblablement ne lui survivra pas longtemps. Sa musique ressemble à un chant funèbre ; les paroles valent encore moins; le sujet n'a nulle vraisemblance; tout est décousu, et le dénoûment pitoyable. 11 y a cependant par-ci par-là des choses qui méritent d'être applaudies ; j'en ferai l'extrait dans la première lettre.

L'abbé Morelet a subi, ces jours passés, un interrogatoire à la Bastille au sujet des Visions de Palissai, dont il s'est déclaré auteur. Il a répondu à ses juges avec une fermeté qui leur en a impos('. « Messieurs, leur a-t-il dit, vous me demandez pourquoi j'ai fait paraître cotte brochure? J'ai cru que, dans un temps où Ton permettait à la licence la plus effn;n('e de noircir par dos calomnies atroces des ci

CORRESPOxNDANCE. 201

toyens vertueux, il m'était permis, à plus juste titre, de dévoiler l'envie, la jalousie et les manœuvres odieuses de leurs persécuteurs. J'ai cru qu'il était de mon devoir, et de l'honneur même do la nation, de prendre la défense de ces hommes respectables; et, si une juste indignation m'a prêté des couleurs trop fortes, les lois peuvent-elles condamner, dans mon ouvrage, ce qu'elles tolèrent et qu'elles semblent même autoriser dans la comédie des Philosophes?

J'ai lu à plusieurs des encyclopédistes la lettre dans laquelle Votre Excellence rend d'eux un témoignage favorable. Je ne puis vous exprimer combien ils y ont été sensibles. J'ai vu leurs yeux se remplir de ces larmes de plaisir qu'une douce consolation fait répandre à l'innocence opprimée. C'est en effet une grande satisfaction pour nos philosophes d'apprendre que les hommes qui pensent ne sont point du parti de leurs ennemis, et que les étrangers leur accordent une justice que leurs compatriotes leur refusent.

Madame la princesse de Robecq. le plus ferme

appui de M. Palissot, vient de mourir de pulmonie au printemps de son âge ; elle est universellement regrettée. C'était une femme d'esprit, de goût, de savoir même : c'est elle qui a fourni à M. Palissot la scène du vol; il n'a fait que la rimer. On ne peut reprocher à madame de Robecq qu'une prévention aveugle pour les antiphilosophes.

Page 1