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DES LARCINS LITTÉRAIRES

1760, 1" août.

VEcossaîse a toujours le plus grand succès ; toutes les règles sont violées dans cette pièce; il y a des répétitions,

des contradictions, des inconséquences, tout ce que l'on voudra ; mais les beautés qui rachètent ces dt'fauts entraînent l'admiration, et font taire les censeurs. Il faut convenir que le mal que l'on veut à Fréron n'a pas peu contribué à la réussite; on a été bien aise que le doyen du Parnasse fût muselé. Semblables à des écoliers qui voient fesser leur précepteur, la plupart des auteurs s'abandonnaient aux transports de leur joie. Fréron s'est assez mal (l('fendu dans sa dernière feuille. On s'attendait qu'il ferait une analyse sévère de VEcossaise : il avait beau jeu, (die prête le flanc à la critique; mais, au lieu de l'attaquer sérieusement, il s'est épuisé en plaisanteries froides et forcées; cepeiidant il ne se tient pas pour battu, et se promet bien de prendre sa revanche dans une autre feuille. Il m'a emprunté le théâtre de Goldoni pour disputer à Voltaire le nK'ritode l'invention; il épluche la Locandiera, il Filosofo inglese, il Cavalière e la Dama et la Boltega del caffé ; il espère trouver des ressemblances avec VEcossaise. Ces pièces y ont bien quelques rapports pour les caractères ; mais ces rapports sont trop éloignés pour que l'on puisse accuser Voltaire de plagiat. Quand cela serait, le trouverait-on plus coupable que Corneille, qui a emprunté de l'espagnol les plus beaux endroits du Cid? Et Molière n'a-t il pas transporté sur notre scène ce qu'il a trouvé de meilleur dans la comédie italienne Apostolo Zeno? Métastase a également profité des ouvrages dramatiques de notre nation. On ne regarde point comme larcins cette conduite; c'est enrichir la littérature de son pays que de puiser dans les sources étrangères. Ces heureuses imitations ne sont larcins que pour les auteurs compatriotes. Presque tous les caractères primitifs ont été saisis. Il ne reste plus aux autours dramatiques que la ressource de varier les nuances ; le personnage de Fréeport ressemble à beaucoup d'autres

que l'on a déjà vus sur la scène. On ne l'ignore pas ; mais il est développé d'une façon si piquante, qu'il a tout l'avantage de la nouveauté. Cette comt'die est jouée supérieurement : mademoiselle Gaussin rend son rôle avec tant d'intérêt et de naïveté, qu'elle fait illusion sur son âge; elle ne paraît pas plus de dix-huit ans. Préville joue le sien avec un naturel et un comique qui n'appartiennent qu'à lui; tous les acteurs se surpassent à l'envi.

On m'a dit que Votre Excellence faisait une collection des entrées, cérémonies, fastes, ballets. J'ai trouvé dans ma bibliothèque deux doubles, que je la supplie d'accepter. Je connais un brocanteur qui possède cinq ou six cents pièces des plus rares de l'ancien théâtre ; si Votre Grandeur se fait un cabinet dans ce genre, elle trouvera de quoi se satisfaire : il y a un Rolrou complet, un Théâtre de Hardi en quatre volumes, un Desmarets. un Mairet, un Boijer, et beaucoup d'autres auteurs dont les ouvrages sont rassemblés, sans compter les pièces détachées.

Il y a quatre à cintj ans qu'un milord est venu, à mon grand regret, nous enlever toutes les comédies et tragédies qui sont à présent si recherchées; je dis à mon grand regret, car la bibliomanie est à présent ma passion dominante. Il y avait telle pièce dont j'aurais donné un louis : ce n'est pas que ces ouvrages soient merveilleux, tant s'en faut; la lecture n'en est pas supportable, mais ces pièces contiennent le germe que la plupart de nos auteurs modernes ont su développer. On voit leur filiation, la progression des idées ; et cette étude peut servir à l'histoire de l'esprit humain dans la partie dramatique.

Crébillon père m'a raconté qu'il a été plusieurs fois témoin que La Grange Chancel , celui de nos auteurs qui entendait le mieux la charpente d'une pièce de théâtre, ne composait ses tragédies que des situations qu'il trouvait

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dans nos vieux poëtcs dramatuiues et dans les romans du • dix-septième siècle, tels que Cinis, Cassandre, Pliaramond, etc., et qu'il écrivait accroupi comme un singe savant au milieu do ses bouquins. Combien d'auteurs modernes font de pareils larcins avec moins d'adresse!

A propos de ces larcins littéraires, Fréron m'a communiqué le plan d'un ouvrage en six volumes qu'il prépare contre M. de Voltaire. Il prétend y prouver que ce po?te célèbre, un des plus beaux génies de notre siècle, n'a rien tiré de son propre fonds; que la Ilenr'iade n'est pas de lui ; qu'elle n'est qu'une traduction d'une Uenr'iade en langage provençal. Il rapporte une critique {YOEdipe faite par Racine le fils, dans laquelle on cite sept cent et tant de vers pillés de différents auteurs. Il fait de même les analyses des autres pièces, et rassemble toutes les horreurs vomies contre Voltaire et déjà recueillies dans la VoUairomanîe. Quel sera le fruit de ce bel ouvrage? Je doute qu'il fasse fortune; on n'aime pas à voir déprimer les grands hommes qui ont acquis justement des droits sur notre estime et notre admiration. Il semble que leur gloire soit devenue notre bien ; on est jaloux, et l'on voit avec chagrin tout ce qui peut l'attaquer.

M. Dubelloy, l'auteur le plus modeste que je connaisse, eut la bonté de nous faire part de son Tiliis avant qu'on le représentât; il y avait alors chez moi plusieurs gens de lettres qui lui firent des observations que le jugement du public a confirmées. L'insigne abbé de la Coste, dont on a tant parlé, qui a eu le bonheur d'être condamné aux galères, parce qu'il se flattait de n'être que pendu, m'avait fait ce jour-là l'honneur de dîner avec moi; je dis l'honneur, parce que sa présence était une rare faveur qu'il n'accordait qu'à des personnes distinguées. M. de la Coste entreprit donc M. Dubelloy, et lui dit assez brutalement

qu'il connaissait son T'Uns mieux que lui-même, et qu'une personne, qu'il nous nomma, en était l'auteur. M, Dubelloy avoua, sans se déconcerter, qu'il était vrai qu'une personne, dont il était l'ami, avait essayé ce sujet, qui appartenait à tout le monde ; mais que cette personne l'ayant ensuite abandonné, il avait cru pouvoir s'en saisir et se le rendre propre en le retravaillant à sa manière. Il n'y a rien à répliquer à cela.

Le sieur Billioni vient de faire exécuter sur le Théâtre- Italien le ballet de Pijgmalion avec succès. Ce sujet est trop connu pour que j'en fasse le détail. Je remarquerai seulement que la demoiselle Camille, qui y fait le personnage de la statue, le rend avec une vérité singulière: rien n'é'gale la finesse de son jeu pantomime, surtout dans le temps que la statue s'anime par degrés ; elle peint sa surprise, sa curiosité, son amour naissant, tous les mouvements subits ou gradu('s de son âme, avec une expression que l'on n'avait point encore trouvée; on peut dire de Camille qu'elle danse jusfju'à la pensée. Je crois que l'art des anciens pantomimes grecs et romains ne pouvait aller au delà des talents de Camille en ce genre.

Les imprimeurs et les libraires n'ont été occupés, pendant ces derniers mois de l'année, que de leurs almanacbs (dont le nombre est égal à celui des sauterelles d'Égvpte) ; qui voudrait en faire la collection aurait une bibliothèque considérable.

Les nouveautés que cette occupation leur a permis de faire paraître ne valaient guère la peine de se détourner des bagatelles du premier jour de l'an. Il faut en e?:cepter quel([ues ouvrages historiques et dogmatiques dont les journaux ont parlé, et quelques brochures, telles que les Lsltres d'un Siamois, qui se font lire avec plaisir, quoique inférieures aux Letlres persanes, turques, juives, etc.,

et aux Amusements sérieux et comiques de Dufreni.

Le Philosophe malgré lui, ouvrage moral en doux j»aities, de M. Chamberland, avocat ; c'est un recueil de différentes lettres, avec des ('[ligraphes latines ou françaises à la tète de chacune, qui ont rapport au sujet. L'auteur, qui veut imiter le Spectateur anglais, n'en a ni la profondeur de morale, ni la légèreté de critique ; mais il peut occuper le second rang après son modèle.

Il t'u est de môme des Nouveaux Dialogues des Morts, trad,nils de l'anglais; il ne faut point les mettre en parallèle avec cnw de Lucien, qui sont pleins d'épigrammes et de saillies, ni avec ceux de Fénélon, de Fontenelle, et même de Pesselier, mieux combinés, plus suivis et revêtus des grâces de détail. Le genre de ces dialogues appartenant au dramatique, quoique le dialogue ne soit qu'une scène, il exige, comme une pièce de théâtre, un but au([uel tout doit se rapporter; il veut une exposition, un nœud, un (K'noùment et des personnages contrastés. Les interlocuteurs, dont les noms seuls sont des antithèses, commencent par ('tablir une proposition ([ui est ordinairement un paradoxe. Par exemple, je suppose que l'on mette Alexandre visà-vis d'Arlequin : Alexandre prétendra que la véritable gloire est celle d'un conquérant. Arlequin, au contraire, soutiendra que celle d'un bouffon est préférable : chacun appuie son opinion, ce qui forme l'intérêt et le nœud. Arleipiin parviendra à prouver que les lazzis et les plaisanteries d'un zani * inspirent la gaieté, qui est une partie essentielle du bonheur de l'homme, et que les exploits d'un conquérant qui traîne après liii la désolation en font le malheur, en n'excitant que l'horreur- et les alarmes. De là s'ensuit que la gloire préféîable est celle qui contribue

* Zuni, bouffon italien.

davantage au bien-être des humains. Ainsi, d'un principe ridicule on tire une sage conséquence : voilà le dénoùment. Les Nouveaux Dialogues sont bien composés dans cette intention, mais ils sont écrits trop sèchement : le flegme anglais domine trop ; cependant ils sont remplis de bonnes maximes et de vérités solides qui les rendent estimables.

La suite des Becueils alphabétiques contient plusieurs anecdotes historiques et des pièces fugitives. C'est une compilation instructive et curieuse, faite avec goût par des auteurs au fait de la littérature ; l'abbé de la Porte est du nombre.

VOde et les Lettres de M. Lebrun, secrétaire des commandements de M. le prince de Conti, à M. de Voltaire, avec la réponse. Cette petite brochure mérite d'être conservée comme l'époque d'une belle action de M. de Voltaire envers la nièce du grand Corneille.

La Théorie des impôts, dédiée au roi, par M. le marquis de Mirabeau, déjà connu fort avantageusement par son livre de VAmi des hommes, dicté par le patriotisme et l'humanité Cet auteur, conduit par les mêmes principes, mais qu'un zèle impnident a emporté trop loin, a mis, dans sa Théorie des impôts, des choses fortes qui l'ont fait proscrire. Je n'ai point vu cet ouvrage; ceux qui l'ont examiné m'ont dit que le but de M. de Mirabeau n'était point de condamner les ressources que les besoins de l'État rendaient nécessaires et légitimes, mais qu'il s'élevait contre les abus de la perception et de l'administration des deniers, et qu'il faisait une sortie très-vive contre les gens de finance. M. de Mirabeau a été envoyé au château de Vincennes.

Après avoir postulé pendant trente ans, l'abbé Trublet vient d'être reçu à l'Académie française. On dit que M. de

Fonteiiclle, qui le protégeait, lui avait prédit que, s'il ne se rebutait pas, sa patience et son assiduité obligeraient les académiciens de l'élire pour se dc'barrasser de ses inqiortunités. M. de Fontenellc avait engagé M. de Montesquieu à être favorable à ce candidat, et l'illustre auteur de VEspi'il des Lois écrivit à ses confrères : « Ne me blâmez point, messieurs, si je me déclare pour M. l'abbé Trublet ; je le fais par respect pour l'ingénieux inventeur des Mondes imaginaires, qui m'en a prié. » On ne peut nier que cet abbé n'ait des talents académiques ; cependant son élection fait beaucoup murmurer et a déjà donné lieu à quantité d'épigrammes. 11 y en a une où l'on compare l'Académie à la fameuse Ninon de l'Enclos, cette fille galante tant célébrée par Saint-É\remont ; elle accorda ses précieuses faveurs, à l'âge de quatre-vingts ans, à l'abbé Gedoyn, qui en était amoureux depuis plus de quarante. « Mon cher abbé, lui dit Ninon, il n'y a rien dont la constance ne vienne à bout; vous m'avez vaincue, soyez heureux. »

VOISENON. - LA l'Ol'ELlMÈnE. - SAIN TE-FOIX. - GOLDOM.

176f, l" mai.

J'ai vu mademoiselle Guimai'd ; elle est rengagée avec les comédiens français. Elle me paraît disposée à prendre parti pour Vienne l'année prochaine, mais sous des conditions différentes. Elle m'a fait entrevoir que 4,000 livres ne lui suffisaient pas : elle attend que le public ait jugé de ses progrès pour s'apprécier elle-même.

Le petit danseur de l'Opéra-Comique est aussi engagé à

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la Comédie-Française pour un an ; ce temps expiré, il est à nous.

On m'a vanté comme un prodige la demoiselle Blanche, danseuse-pantomime, venant de Parme, et actuellement à Toulouse, dans la troupe de Duplessis.

J'ai dit au sieur Tardif (pie j'attendais les ordres do Votre Excellence pour terminer avec lui.

J'ai oublié, dans l'énumération des peintres, le sieur Crépin, excellent paysagiste, qui n'a pas moins de talent pour l'ornement et les fleurs : il peint aussi la figure. Il doit m'apporter de ses ouvrages, que j'aurai l'honneur de vous envoyer aussitôt, s'ils peuvent être transportés facilement.

Le concert spirituel a attiré un grand concours pendant cette quinzaine. Un Allemand, joueur de harpe, a exécuté sur cet instrument les morceaux les plus difficiles avec tout le goût possible : le plaisir qu'il inspirait allait jusqu'à l'ivresse. La harpe est aujourd'hui l'instrument à la mode : toutes nos dames ont la fureur d'en jouer.

Le Siabai de Pergolése a toujours le même succès, en dépit de la musique française.

Les Israélites dans le désert et les Fureurs de Saûl ont fait encore plus de plaisir que dans leur nouveauté, M. l'abbé Fuzée de Voisenon a renouvelé ce genre en France; je dis renouvelé, car V oratorio a pcécédé nos représentations théâtrales. Tout le monde sait que les pèlerins de Jérusalem, de Saint-Jacques-de-Compostelle et de Notre-Dame-de-Lorette, chantaient des cantiques dialogues; cette espèce de drame n'était autre chose que V oratorio.

Repprcscntatione spirituale en Italie, antos sacramentales.cn Espagne et mystères en France, au chant près, n'en sont qu'une extension. Ces jeux sacrés se donnaient d'abord dans les églises ; mais, comme la barbarie de ce temps-là y mêlait les absurdités les plus grossières, les

bouffonneries les plus basses, et que l'abus alla jusqu'à promener, dans les places et carrefours, Jésus-Christ, la Vierge et les Apôtres représentés par des acteurs ridicules, à l'exemple de Thespis, qui charriait de village en village ses dieux barbouillés de lie, on fit très-sagement de supprimer ces pieuses indécences. C'est alors que l'on vit naître parmi nous la tragédie et la comédie. Le drame primitif, plus ennobli, fut conservé, en Italie et en Espagne, sous le nom d'oratorio. La France en fut privée jusqu'à notre siècle : il fallait la plume de M. l'abbé de Voisenon pour faire revivre ce genre respectable et lui donner tout le sublime dont il est susceptible. Il a parfaitement rendu cette simplicité majestueuse de l'Écriture sainte, où l'on trouve le germe et le développement des plus grandes idées. On peut dire qu'en cette partie M. de Voisenon est le digne émule de l'illustre abbé Metastazio, que l'on admirera aussi longtemps que l'on aimera les lettres.

Un spectacle d'une autre nature a mérité l'attention de bien des gens pendant la semaine sainte. Les principaux personnages de la secte des convulsionnaires ont fait voir, dans une maison particulière, à nombre de personnes attirt'es par le fanatisme ou la curiosité, une fille qui s'exposait aux épreuves les plus cruelles, en apparence, pour le soutien de son parti : on commençait à lui frapper la [)oitrine avec une grosse bûche, on lui traversait le corps d'une épée, on la jetait dans le feu, et l'on finissait par la crucifier en lui perçant les pieds et les mains avec de gros clous. Tout ce qu'on raconte d'Apollonius de Thianne, tout ce que Petit de Lacroix rapporte des sectateurs de Sabato- Feri dans ses mémoires turcs, n'approche pas, dit-on, des prétendues merveilles op(Tées par ces charlatans. Le commissaire de Rochebrune et l'exempt Émeri, qui ont assisté incognito à ces exercices de souplesse, en ont terminé la

représentation, le vendredi saint, par un ordre du lieutenant (le police, qui enjoignait de conduire tous les acteurs en prison, ce qui a été exécuté sur-le-champ. Ces horreurs commençaient à faire impression sur les esprits faibles ; mais, ce qui doit étonner davantage, c'est que des gens éclairés en aient été les dupes eux-mêmes. M. de la Touche, ex-jésuite, auteur de la tragédie (ïlphigénie en Tauride, n'est mort, à ce qu'on assure, que d'un saisissement occasionné par cet affreux spectacle.

Daïra. roman de M. de la Popelinière, fermier général, a paru d'abord in-S". On n'a tiré que deux douzaines d'exemplaires de ce format pour faire des présents; on vient de le réimprimer in-12. Fréron fait un éloge magnifi(|ue de ce roman, mais, ne lui en déplaise, il ne prend pas dans le public : on le trouve pesamment l'crit et sans vraisemblance. Ce n'est pas mon jugement que je rapporte; j'ai lu avec plaisir une description des anuisements des sérails de Perse, qui m'a paru fort bien faite. Ce morceau, quoique hors d'œuvre, m'a plus satisfait que tout le reste. Ce serait fatiguer la patience de Votre Excellence que d'analyser cet ouvrage; il suffira de citer un endroit de V avant-propos qui fait allusion aux tracasseries de ménage (|ue M. de la Popelinière a essuyées avec sa première femme.

Ce début intéresse pour M. de la Popelinière, qui, sans se nommer, expose de la sorte un tableau de ses chagrins dans la personne d'un honnête homme qu'il suppose retiré dans l'ile de Scio, et qui, du sein de sa retraite, donne au public l'histoire de Daïra.

Tout le monde connaît les infortunes du premier mariage de M. de la Popelinière, et tout le monde sait qu'il les a peu méritées. Sa vie n'a été qu'un tissu d'actions généreuses, et personne n'a fait plus d'ingrats. Le malheu-

reux abbé de la Coste en est encore une preuve toute récente. M. de la Popelinière joint à l'excellence du coeur tous les talents agréables de l'esprit. Il a fait des comédies charmantes, que l'on n'exécute cpic chez lui pour l'amusemont de ses amis ; il est fâcheux que sa modestie en prive le public.

Les comédiens français ont donné trois petites pièces de M. de Sainte-Foix, qui sont applaudies.

Il en est de même d'une pièce charmante qu'on joue actuellement aux Italiens; elle a pour titre le Fils d'Arlequin perdu et retrouvé. Je n'ai point encore vu de canevas italiens qui m'aient attaché davantage. Il y a des scènes d'un pathétique à briser le cœur, sans que l'intérêt nuise au plaisant. Le vis comîca règne d'un bout à l'autre dans cette pièce; elle est de notre cher Goldoni : on le reconnaît à ses irn'gularités, mais encore plus à son génie.

A propos de Goldoni, l'intendant des menus plaisirs du roi, qui a le district de la comédie italienne, M. de la Ferté, fait venir cet auteur pour soutenir en France l'honneur du Théâtre -Italien. M. Goldoni aura pour ses honoraires sept mille francs par an, voyage payé. Plusieurs amateurs de la langue italienne ont promis de se cotiser pour aider à faire cette somme; M. le duc de Lauraguais a offert cent louis pour sa part, et M. Bertin, receveur des parties casuelles, homme de beaucoup d'esprit et protecteur des lettres, mais qui n'entend pas un mot d'italien, a dit qu'il donnerait vingt-cinq louis pour les gestes des acteurs.

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