‹ Œuvres de M. J. ChénierChapitre 115 sur 236 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

D'offrir à tous les yeux tout ce qui fut écrit, llenouvelle le monde, et dans l'Europe entière Déjà, de tous côtés, disperse la lumière; L'audace enfin succède à la timidité, Le désir de connaître à la crédulité.

Ce qui fut décidé maintenant s'examine; Et vers nous, pas à pas, la raison s'achemine. La voix du préjugé se fait moins écouter; L'esprit humain s'éclaire : il commence à douter. C'est aux siècles futurs de consommer l'ouvrage. Quelque jour nos Français, si grands par le courage, Exempts du fanatisme et des dissensions , Pourront servir en tout d'exemple aux nations.

Si tels sont, Coligni, vos désirs magnanimes;

Si ces nobles projets, ces sentimens sublimes.

Soutenaient votre espoir au milieu des combats,

Quel ascendant funeste a retenu vos pas

Sous des drapeaux français qui combattaient la France ;'

Ah! souvent j'ai maudit jusqu'à votre vaillance.

Votre nom tous les jours arrivait jusqu'à moi.

Prononcé par la haine et le public effroi.

Les pleurs de mes sujets empoisonnaient ma vie :

Fatigué de grandeurs, tel inspire l'envie,

Dont les secrets ennuis méritent la pitié.

Qu'importe le pouvoir sans la douce amitié?

Coligni , si mon cœur avait su vous connaître ,

Ce cœur infortuné la sentirait peut-être;

Près de vos cheveux blancs elle aurait pu remplir Mes inutiles jours perdus à vous haïr.

Que n'avez-vous franchi la barrière importune Qui du sort d'un héros séparait ma fortune ! Qu'aisément mon courroux eût été désarmé !

COLIGNI

Ce palais , votre cœur, tout nous était fermé. Excusez ma franchise, à la cour étrangère: Vous n'en redoutez point le langage sévère. Eh bien! souffrez encore un avis généreux : De tous ceux que m'inspire en ce moment heureux, A vous, à votre Etat, mon dévoûment sincère, Ce sera le dernier, mais le plus nécessaire. Sire, on vous a trompé : vos édits inconstans. Scellés presque toujours du sang des protestans. Ont annoncé chez vous un cœur faible et mobile, Dont pourrait abuser quelque imposteur habile. Evitez les malheurs des rois trop complaisans; Ne laissez point sans cesse , au gré des courtisans , Errer de main en main l'autorité suprême; Ne croyez que votre Ame, et régnez par vous-même; Et , si de vos sujets vous désirez l'amour , Soyez roi de la France et non de votre cour. Que sous de justes lois le Peuple enfin respire: Il fait par ses travaux l'éclat de votre empire. Il cultive nos champs, il défend nos remparts; Mais un voile ennemi vous cache à ses regards; Mais, tandis qu'il se plaint, son monarque sommeille;

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