LE CHANCELIER DE LH'OSPITAL, L AMIRAL DE COLIGNL
l'aM I R AL.
Illustre Chancelier , de qui la voix propice Fait au sein des combats respecter la justice , Soyez toujours l'oracle et l'appui des Français. C'est à vous, l'Hospital, que nous devons la paix: Sans vous nous périssions. Votre prudence active Aux maux des deux partis £ut sans cesse attentive ; Et vous flattez encor d'un avenir plus doux Tant de bons citoyens qui n espéraient qu'en vous. Ce palais retentit des chants de l'hyménéej D'un nœud saint et cliéri la pompe fortunée,
Affermissant la paix entre deux jeunes rois ,
Mêle aux sang des Bourbons le sang de nos Valois.
Quel hymen ! Marguerite , idole de la France ,
Henri, des Navarrois l'amour et l'espérance,
Pour le bonheur public unissant leurs efforts,
Vont expier le sang répandu sur ces bords.
Eh ! qui peut maintenant, témoin de leur tendresse,
Repousser loin de soi la publique allégresse ?
Les Guises, toutefois, souillant des jours si beaux,
Se préparent encore à rouvrir les tombeaux.
Croyez-moi , le péril n'est point imaginaire :
Maurevert a commis un crime mercenaire ;
A des pièges sanglans ils ont déjà recours ;
Au sein du Louvre même ils achètent mes jours.
11 faut veiller sur eux : c'est eux que l'on doit craindre;
Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'ils osent tout enfreindre.
Vous-même enfin , Monsieur , s'il est vrai que leur voix
Vous ait nommé jadis l'organe de nos lois,
Ce choix si désiré vient de leur politique :
Ils ont su se plier à l'estime publique ;
Il veulent nous traîner dans l'abîme fatal ,
En voilant leurs projets du nom de l'Hospital.
LE CHANCELIER
Ah ! formez, Coligni, des craintes légitimes.
Je ne puis, quant à moi, leur imputer des crimes,
Et je n'adopte pas vos soupçons inquiets.
Si l'on poursuit vos jours au milieu de la paix.
J'en frémis ; je voudrais le châtiment du traître;
Mais je blâme un dépit qui s'aveugle peut-être;
Et vous devez savoir que des plus vils complots
Ils ont aussi. Monsieur, soupçonné des héros.
Ah! je ne prétends pas les excuser sans cesse: