‹ Œuvres de M. J. ChénierChapitre 159 sur 236 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

Ils ont d'un jeune roi maîtrisé la faiblesse ;

Mais avouez du moins que, dans nos tems cruels,

11 n'est point de Français qui ne soient criminels :

Tous se sont égarés ; et la nuit environne

Les droits sacrés du peuple et les devoirs du trône.

J'ai vu ce Louvre en deuil , et presque ensanglanté ;

L'orgueil et la licence, et point de liberté;

J'ai vu de nos Valois la majesté flétrie,

Les plus grands citoyens déchirant leur patrie.

Flattant avec bassesse ou combattant leur roi ;

Les plus grands, je l'ai dit; et vous en faites foi.

l'amiral.

11 fallait s'égarer : convenez-en vous-même ; Et des destins français l'enchaînement suprême Préparait, dès long-tems, à nos jours détestés Un cours de trahisons et de calamités.

J ai suivi le torrent qui ravageait la France. On peut le détourner; et j'en ai l'espérance. Au repos tout-à-coup nous ne parviendrons pas ; Les soldats et les chefs ont besoin de combats : Depuis un siècle entier l'Espagne nous outrage. Hélas! contre nous-même exercés au carnage, Formons, il en est tems, de plus justes desseins; Dans le sang espagnol courons baigner nos mains ; Voilà notre parti : c'est le seul qui nous reste.

LE CHANCELIER

Fâcheuse extrémité ! Parti vraiment funeste !

Tous deux Français, tous deux nous chérissons l'Etat ;

Vous parlez en guerrier, je pense en magistrat;

Vous m'en verrez toujours garder le caractèi-e.

La guerre est un fléau, quelquefois nécessaire.

Qu'il faut craindre toujours et long-tems éviter.

Et dont j ai vu l'Etat rarement profiter. Oui, tous ces vains débats où le glaive décide, Ces lauriers teints de sang, cette~ gloire homicide, Qui d'un prince orgueilleux peut enivrer le cœur. Opprimant les vaincus, frappe aussi le vainqueur. Loin de nous des fureurs trop souvent inutiles! Mais loin de nous cent fois ces discordes civiles Où le fer, sans pudeur brisant tous les liens, Verse des deux cotés le sang des citoyens! Et peut-être à ce choix la France est condamnée. Telle est, je le sais bien, l'humaine destinée, Qu'il faut chercher sans cesse un danger différent , Et par un mal nouveau guérir un mal plus grand.

l'amiral.

Bourbon vient. 11 est seul ; et son àme , égarée , D'un éternel chagrin semble être dévorée.

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