ACTE II, SCENE I
Ce n'était point, Madame, à l'instant de frapper; Je m'essayais moi-même, et j'osais me tromper; Je m'abusais , vous dis-je. Il n'est plus tems de feindre : Je me croyais plus fort. Mais qu'avons-nous à craindre? Ne précipitons rien. Je veux que les esprits , Egarés tant de fois, soient toujours plus aigris; Que la paix soit encore ou vaine ou peu durable ; Que des chefs protestans l'ambition coupable De la France à mes yeux prétende disposer : Mais n'avons-nous enfin rien à leur opposer? Si dans le fond du cœur ils sont encor rebelles , Ceux qui m'ont défendu, ceux qui me sont fidèles, Mes amis...
LA REINE- 31 ÈRE
Il faut bien vous éclairer , mon lils ; Vous ignorez encor qu'un roi n'a point d'amis. Je vous donne , il est vrai , des lumières fatales y Mais de vingt nations parcourez les annales : Vous trouverez partout d'infidèles sujets , Rampans et frémissans sous le joug des bienfaits, Ardens à trafiquer de la honte et du crime; Prêts à vendre l'Etat et leur roi légitime , A changer de devoir, sitôt qu'un autre roi Marchande imprudemment ce qu'on nomme leur foi. L'intérêt fait lui seul les amis et les traîtres. Prenez du moins, prenez leçon de vos ancêtres. Sans remonter bien loin , le roi François premier Fut un généreux prince , un noble chevalier.
Il enrichit Bourbon et le combla de gloire :
Bourbon devait sans doute en garder la mémoire ; Mais ce Chef renommé, funeste à l'Empereur, Et qui dans ses cités répandait la terreur,
3io CHARLES IX.
Hétrissant tout-à-coup le nom de Connétable, Devint pour l'Empereur un appui redoutable, Et, contre les Français guidant leurs ennemis. Eut l'exécrable honneur de vaincre son pays. Ils se ressemblent tous; connaissez leur faiblesse, Et sachez les dompter à force de souplesse. Tous ceux qui maintenant ont soin de vous venger. Ceux-là même oseront un jour vous outrager. Surtout, (vous êtes jeune et sans expérience,) Craignez des protestans traités , paix , alliance. Ils ne vous aiment pas : vous devez y compter ; Ils respirent: le mal ne peut plus s'augmenter; Vous régnez....
LE ROI DE FRANCE
J'aurais dû , si le mal est extrême , Commander mon armée , et les punir moi-même. Deux fois le duc d'Anjou, confondant leurs desseins, Dans un sang criminel a pu tremper ses mains. A tous les jeux obscurs d'une oisive mollesse Vous avez cependant condamné ma jeunesse; Vous n'aimez que mon frère; et je passe mes jours A l'entendre louer, à l'admirer toujours. Je règne ; et c'est lui seul que tout mon peuple adore ; Dans les dangers publics c'est lui seul qu'on implore; Il ne me reste plus qu'à recevoir ses lois. Français comme mon frère, et du sang des Valois, A lein- gloire immortelle il me fallait atteindre : Mais lavez-vous permis ?
LA REINE- M ÈRE
Et vous osez vous plaindre !
.^aurais pu pardonner des sentimens jaloux Au jeune infortuné qui régnait avant vous.