‹ Œuvres de M. J. ChénierChapitre 171 sur 236 · ACTE II, SCÈNE 1. 3ii · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE 1. 3ii

Hélas! ce prince aveugle, à lui-même contraire, Repoussait les conseils et le cœur de sa mère. Vous ne me voyez pas vous confondre avec lui. Que dans les champs guerriers d'Anjou soit votre appui : Un tel honneur convient à la seconde place. Je sais que votre cœur, plein d'une noble audace, A pour les grands exploits un penchant glorieux 5 Je sais que bien souvent on a vu vos aïeux , Entourés au combat de sang et de poussière, Dans leur propre péril jeter la France entière : Pour moi, je les condamne; et le Chef de l'Etat Ne doit pas affecter les vertus d'un soldat. 11 est d'autres honneurs , il est une autre gloire ; Et l'art de gouverner vaut mieux qu'une victoire. Nièce du grand Léon , fille des Médicis , Dans ce chemin glissant je puis guider mon fils. L'esprit qui les forma fut aussi mon partage; Et j'ai su, les Français m'en rendront témoignage. Punir ou caresser, suivant nos intérêts, L'orgueil séditieux de vos premiers sujets ; Feindre de voir en eux tout l'appui de la France ; Des honneurs les plus grands enfler leur espérance ; Renverser tout-à-coup cette gloire d'un jour; Les flatter, les gagner, les tromper tour à tour ; Et, contre eux tous enfin m'armant de leur faiblesse. Régner par la discorde et diviser sans cesse. Quand, durant votre enfance, on vit les protestans S'unir contre la cour aux princes mécontens, De Guise et de son frère élevant la puissance , Je voulus arrêter le mal en sa naissance ; Mais enfin, devenus trop grands par mes bienfaits, Ils régnaient dan's ce Louvre; et je conclus !a paix.

3i2 CHARLES IX.

,Ii* me fis des amis dans le parti contraire : L'ambitieux Conde, s éloignant de son frère, Bon sujet un moment, mais afin d'être roi, Crut m'acheter lui-même, et se vendit à moi. Avec Montmorenci je vis enfin s'éteindre Le nom des Triumvirs, qui n'était plus à craindre. Ce vieux soldat, toujours contre moi déclaré, Rejoignit dans la tombe et Guise et Saint-André. Il existait encor des ligues insolentes. Contraint de recourir à des trêves sanglantes. Nous avons trop connu les différens partis : Long-tems de leur pouvoir ils nous ont avertis. Mon fils; et, si bientôt vous n'agissez, peut-être Ce Coligni bientôt deviendra notre maître.

LE ROI DE FRANCE

Qui ? lui !

LA REINE- M ÈRE

J ai dit le mot : c'est à vous de penser, Si vous avez encor le tems de balancer. Devant vous, à l'instant, ne viens-je pas d'entendre Ses discours, ses conseils, ce qu'il ose prétendre.'^ Et n'avez-vous pas vu que son esprit jaloux Veut m'écarter moi-même, et dominer sur vous? Le nom de la patrie est toujours dans sa bouche; Mais de ses vains discours l'austérité farouche. Trompant quelques esprits, ne peut m'en imposer : Ses avis sont d'un maître; et j'ai dû supposer, D'après tous ces combats où sans cesse il aspire, Qu'il veut accoutumer le peuple à son empire.

LE ROI DE FRANCE

Je lai souvent pensé; je le sens, je le croi. Pourtant....

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