‹ Œuvres de M. J. ChénierChapitre 230 sur 236 · SCENE IV. 42f · texte numérisé non relu

SCENE IV. 42f

DORIMON

Eh! qu'importe, Madame, qu'il les ait bénis ou Don, s'il est vrai qu'il les a dirigés; s'il est prouvé que de Rome il fut un des plus ardens instigateurs de la conspiration; si tous les historiens attestent qu'il fut le promoteur de tous les édits sanglans contre les Protestans; et que, sans le Chancelier de l'Hospital, qui eut le mérite de parer le coup, il établissait pour jamais en France l'affreux tribunal de l'Inquisition ?

l'abbé.

Tout cela ne prouve pas qu'il ait béni des poignards.

DORIMOiy.

Non; mais qu'il était très-capable de les bénir; et c'en est assez pour justifier le poète.

LA VIDA ME

Mais, comptez -vous pour rien, Monsieur, le tort que cette bénédiction sacrilège peut faire à la religion ?

DORIMON

Dites au fanatisme et à l'hypocrisie, Madame; et ne renouvelons pas les objections qu'on fit à Molière contre Tartufe.

LE CHEVALIER

Moi, je pense comme l'Abbé, sans être plus dévot que lui : cette bénédiction est révoltante.

LABBE, à Dorimon.

Mais, ce chancelier, à qui, de son autorité privée,

43o LA CRITIQUE DE CHARLES IX.

l'auteur a rendu les sceaux , pour qu'il revînt opiner dans le conseil de Charles IX!...

DORI MON

Vous parlez, Monsieur, d'un des plus beaux endroits de la pièce; et l'auteur ne pouvait mieux faire que d'introduire dans ce Conseil le Caton des Français , le vertueux l'Hospital. Il fallait bien opposer un honnête homme à cette foule de Prêtres fanatiques et de Courtisans pervers. Eh ! qui pouvait exciter mieux l'émulation d'un talent avide de gloire que cet immortel Chancelier? Quel personnage plus heureux à peindre, et plus digne d'honorer la scène? l'abbé.

Relie raison, pour justifier un anachronisme! Mais, il s'en faut bien que j'aie tout dit sur le Cardinal. Comment excuser l'odieuse licence que l'auteur s'est permise de mettre sur la scène un Prince de l'Église ?

DO RI MON

Un Prince de l'Eglise, dites- vous? si, pourtant, cette dénomination fastueuse peut s'appliquer aux représentans d'un Dieu qui voulut naître pauvre et mourir dans l'ignominie. Mais, par quel étrange privilège ces prétendus princes se croiraient-ils exceptés de la loi commune qui soumet à la juridiction du théâtre toutes les conditions humaines ? Dans un siècle oîi le génie n'osait encore lutter contre la superstition , Racine ne se permit -il pas d'introduire sur la scène

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